25 août 2015 ~ 0 Commentaire

L’imposture posthume : de Nostradamus à Nietzsche

Le scandale  des compilatons posthumes. Nostradamus et Nietzsche

par  Jacques  Halbronn

 

Les Centuries de Nostradamus ont ceci de commun avec la Volonté de Puissance (der Wille Zur Macht) de Nietzsche, d^être des contrefaçons réalisées à partir de documents  qui n’avaient pas vocation à se retrouver  avec le statut d’ouvrage d’un seul tenant. Dans les deux cas, il apparait qu’il s’agit de diverses notes accumulées, des années durant, par tel auteur et retrouvées dans sa bibliothèque. Notes qui pouvaient  n’être que dans certains cas que des notes de lecture.

« Dans le cas de la Volonté de puissance, le §105 ne serait en fait qu’un résumé  du livre Ma religion de Tolstoï (dont Nietzsche ne partageait assurément pas les opinions)  Dans l’édition de 1911 (..) le fragment publié au § 352 est tout simplement une citation d’un livre de Julius Wellhausen, historien et exégète orientaliste »

Le cas de Nietzche éclaire rétrospectivement  le sort de Nostradamus, qui se voient,  l’un comme l’autre, dotés à titre posthume d’ouvrages totalement artificiels, bien plus que dans le cas des Pensées de Pascal. On notera que l’on a affaire à un genre assez particulier, celui des aphorismes pour  Pascal et Nietzche et de quatrains pour Nostradamus, lesquels ne sont bien souvent que des segments mis bout à bout.

Nous ne reviendrons pas ici sur nos travaux en nostradamologie (cf notamment notre dossier paru dans la Revue Française d’Histoire du Livre,  Ed Droz, fin 2011) mais ce qui vient compliquer encore plus les choses dans le cas Nostradamus, c’est le fait que les faussaires aient finalement jugé bon de renoncer à la thèse posthume pour  carrément produire des contrefaçons censées parues du vivant même de Nostradamus, mort en 1566, et datées des années 1555 et 1557.

Comme dans le cas des spécialistes de Nietzche, il y a encore des auteurs- -bien des années après  la parution de nos travaux - qui  persistent à affirmer que ces confrefaçons des années 1550 sont authentiques. (cf notamment Patrice Guinard,  auteur d’un dossier dans la même revue RFHL, en 2010)

Dans le cas de Nietzche, l’on connait le rôle de sa soeur Elizabeth . Pour ce qui est de Nostradamus,  dont les Centuries ne parurent réellement, selon nous, que près de 20 ans après sa mort,  il est clair que les rédacteurs eurent accés aux papiers de la main de Nostradamus, donc avec la collaboration de la famille.

Nous avons ainsi montré que certains  versets étaient  issus de manuscrits connus de Nostradamus, notamment l’almanach pour 1562, dans sa version longue dont l’imprimé semble avoir disparu et que l’on connait en partie par le fait d’une  traduction italienne imprimée et conservée notamemnt à la BNF. Dans le cas de Nostradamus, l’habitude de versifier sa prose est déjà attestée de son vivant puisque ses almanachs comportent bel et bien des quatrains (une douzauine par an) issus de ses textes prédictifs en prose, ce qui donna l’idée des Centuries.  On classe ainsi Nostradamus comme poéte alors que cet auteur se sera très rarement préte à un tel exercice. Ce sont pourtant les Centuries qui auront perpetué le nom de Michel de Nostredame. Quant à la fortune de la Volonté de Puissance, elle se caractérise notamment par  son influence durant la période nazie.

Ce sont là de « faux livres » et il est intéressant de déterminer ce que ces auteurs n’ont pas écrit. Les textes en prose sont assurément le lot de Nostradamus et cela ne se limite nullement aux deux textes (à César et à Henri II)  placés en tête des deux volets, l’un de quatre puis finalement  de sept centuries, l’autre de trois centuries. Mais il est clair que les travaux consacrés à Nietzche du fait qu’ils correspondent à une période sensiblement plus récente auront permis de mieux renseigner la recherche que ceux concernant une période qui lui ets  antérieure de trois siècles. La connaissance de sa correspondance, dans les années 1887-1889  aura ainsi pu montrer que le projet de l’ouvrage « La Volonté de puissance » avait été abandonné et donc les textes que l’on placera sous ce titre  correspondent à d’autres ouvrages prévus, notamment L’Antéchrist.

 

Bibliographie:

Carol Diethe, Nietzsche’s sister and the Will  to Power. A biography of Elizabeth  Förster-Nietzshe,  Unversity of Illinois,  2003

Mazzino Montinari  « La volonté de puissance n’existe pas ». Ed de l’Eclat, 1996

Yannick Souladié, ed Nietzsche. Dernières lettres Hiver 1887-Hiver 1889. De la Volonté de Puissance à l’Antéchtrist. Ed. Manucius 2011

 

 

 

JHB

25 08 15

 

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