05 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

LEs dénimenteurs et le refus de l’élection

Les « dénimenteurs »  et le refus de l’élection   Seconde  Partie

 

par Jacques Halbronn

 

On notera en particulier la difficulté à penser l’altérité de l’autre non pas comme individu mais comme membre, comme élément d’un autre ensemble, ce qui est marqué par un certain tabou, d’un Surmoi  qui s’interdirait à considérer des collectivités. Sous la Révolution, Clermont Tonnerre déclarait à propos des Juifs, tout pour eux  en tant qu’individus, rien en tant que « nation ».  Quelque part, cette interdiction d’un collectif ne serait-elle  pas une forme d’antijudaïsme tant  il est patent –comme on le montrera- que l’universel – le partage-  est une machine de guerre pour spolier  Israël de ce qui lui appartient.
Dès lors que je ne reconnais pas ma  différence d’avec autrui, je mets en question sa raison d’être, il devient redondant, ‘dispensable ». L’idée d’égalité, d’équivalence est  liée à celle d’interchangeabilité. L’idée d’égalité est une abstraction qui fait abstraction des différences. L’autre peut être  remplacé, imité, reproduit, dupliqué et donc à terme évacué. C’est une idée toxique. Ajoutons que le couple n’est nullement le garant de l’égalité. Est-ce que l’alliance  entre un peuple et un dieu implique une quelconque  égalité ?  Pas plus que celle de l’homme et de la femme. En fait, le couple- le tandem-  est  lié à la curiosité que nous éprouvons pour ce que nous percevons comme étrange, étranger, approche somme  toute minimale, réduite à des apparences et qui n’est pas brouillée par un certain vernis commun à tous ceux qui appartiennent à un même milieu.
On n’est pas curieux de ce qui nous est familier, semblable. En ce sens, nous sommes moins indifférents envers ce que nous ignorons qu’envers ce que nous croyons connaitre et qui ne comporte pas de mystère.
Un des moteurs du déni -son mode de légitimation- nous semble tenir à une certaine idée selon laquelle il y aurait une linéarité plutôt qu’une cyclicité, Autrement dit, les tenants de la cyclicité  refuseraient la notion de progrès linéaire. Deux philosophies de l’Histoire s’affronteraient ainsi  et ce clivage parcourt l’ensemble de nos dossiers. C’est au nom de l’évolution que l’anglais aurait vocation à succéder au français, que les  Chrétiens prendraient la place des Juifs, les femmes celle des hommes et quant au rejet de l’astrologie,  il serait précisément dû au fait qu’elle préfigure l’invention des cycles  institués par nos  constitutions,  à partir de la fin du XVIIIe siècle, notamment en France, ce qui pose le problème de la Loi, du Livre , lesquels relèvent de ce que nous appelons la Surconscience alors que l’astrologie se situerait dans le champ de la Subconscience.
Le dénigrement est marqué par une théorie du dépassement, de la marche en avant. C’est « dépassé ». La cause principale du déni semble être le sentiment qu’il faille  « progresser »  et que les stades antérieurs sont décidément  obsolètes,  révolus.   Or, nous pensons qu’il ne s’agit pas de changer d’outil mais de le rénover et donc de le nettoyer, de le dégager, de le désencrasser,  de l’élaguer. Un  outil s’use à force, dès que l’on s’en sert.  Il faut savoir le réparer, le restaurer. C’est ainsi que l’on parle d’un sommeil réparateur. Le bon  médecin n’a pas vocation à nous aider à mourir mais bien à nous permettre de nous remettre d’aplomb. Tout refus de cyclicité trahit avant tout une impuissance à  réparer. On préfère s’acheter un nouvel appareil que de  remettre l’ancien en état, de le  recycler. Cela ne fait certes pas appel aux mêmes compétences, aux mêmes connaissances.
Il est vrai  que certains dénis peuvent être des dénis de dénis.  Notre  approche critique du corpus nostradamique, centrique  (nous y avons consacré divers travaux universitaires)  n’est-elle  pas le déni de l’importance accordée à ce médecin astrologique? De surcroit, ne souligne-t-on pas ainsi le fait que les « quatrains »  seraient à considérer en tant qu’œuvre collective,  étalée dans le temps et marquée par les enjeux politico-religieux d’une époque – en l’occurrence celle de la crise dynastique liée au fait que le successeur d’Henri III était  le réformé Henri de Navarre?
A contrario, ceux qui rejetteraient nos thèses n’auraient-ils pas beau jeu de dire que nous nous plaçons dans le déni, que nous refusons de reconnaitre le mérite insigne du prophète Michel de Notre-Dame? Le déni  avance souvent sous le masque de la démystification.   Mais  toute  démystification n’est évidemment pas à rejeter. C’est bien là tout le problème car  le déni peut dans bien des cas apparaitre comme une volonté de rétablir quelque vérité!
Comment donc distinguer entre le « bon » et le « mauvais » déni?  Nous répondrons en nous situant dans une problématique cyclique.  Tout dépend de l’esprit du temps, du Zeitgeist. Il y   a un temps pour  dénoncer ceux qui  s’en prennent aux élites et il y a un temps pour rappeler que certaines réalisations sont l’œuvre de toute une société, de toute une culture, de toute une histoire. Quand nous traitons du déni de l’importance du français, c’est au déni de l’apport de la France que nous pensons. Quand nous abordons la question des Juifs et des hommes, là encore nous nous situons dans une perspective collective, d’où la symbolique de l’arbre et de ses fruits. Quand nous  nous en prenons au déni de l’astrologie, nous rappelons que les cieux  jouent un rôle déterminant  pour l’Humanité, le « Ciel » désignant à la fois  les astres et les dieux, le visible et l’invisible.
Si l’on prend le cas de l’antisémitisme, est-ce que le fait de dénier aux Juifs quelque  mission particulière en serait  une manifestation ?  Nous pensons que le refus  de reconnaitre ce que l’on doit à l’autre est une forme particulièrement   vicieuse  et qui n’a peut-être pas assez analysée. Nier l’autre dans son altérité, dans sa différence, semble  pouvoir rester un acte impuni. Et donc nous pensons qu’il convient de parler d’un délit de déni.  Le problème, c’est que celui qui est dans le déni avance sous le masque de l’égalité, ce qui lui donne bonne conscience tant une telle revendication est parvenue à faire consensus, ce qui pourrait être une ruse du diable. Et dès lors,  celui qui fait l’objet de déni, s’il se met à protester se retrouvera en position d’accusé. Serait ainsi traité de « misogyne » celui qui  doute que les femmes et les hommes jouent le même rôle dans la société.  Au nom de l’égalité, tous les dénis seraient permis, au nom d’un avenir qui n’a pas à rendre compte du passé.
Inversement, on ne sera pas peu surpris de noter  à quel point les populations dénigrées  affirment ne pas comprendre ce qu’on leur  reproche, à tort ou à raison. Combien de Juifs  sont-ils en mesure d’expliquer  quels sont les vrais enjeux du débat ? Quant aux astrologues, face aux critiques, ils tendent à nier qu’il y ait problème ; ce seraient des attaques injustifiées liées à l’ignorance du sujet. Il suffirait d’apprendre pour comprendre. . Autrement dit,  il y aurait un déni du déni ou du moins  un refus de  se mettre en question comme si  l’on n’était  responsable, en quoi que ce soit,  de ce qui est reproché au groupe concerné, ce qui ne facilité évidemment pas le dialogue. Ajoutons que pour nous, le terme « astrologue » ne désigne pas nécessairement- comme on le croit trop souvent- celui qui donne des consultations mais  plus largement celui qui mène des recherches dans ce domaine. Un astrologue, c’est au fond quelqu’un qui « croit » qu’il  y a une corrélation à mettre – tôt ou tard- en évidence entre certaines configurations astrales et certains agencements sociaux. Il ne s’agit pas de  pratiquer une politique du tout ou rien mais force est de constater que bien des praticiens de l’astrologie font la moue quand  telle astrologie ne vient point valider la démarche qui est la leur.
Notre  propos consistera justement à donner du sens  à cette conflictualité et ne pas la mettre sur le compte d’une recherche de bouc émissaire.  Mais  les choses se compliquent du fait que les populations ainsi mises au ban  n’assument plus guère  les positions  qui conféraient quelque raison  à une certaine hostilité. Mais, enfin,  que nous veut-on ?
En tout choix, il y a un avant et un après. Il y a un temps pour apprécier le signifiant  en ce qu’il nous donne envie de s’investir en lui, donc en l’autre et il y a un temps où ce signifiant va porter la marque des signifiés que nous y avons déposés.  Quand un lien s’établit,  l’on passe nécessairement par ces deux temps. Si le premier temps  comporte une dimension arbitraire – car il y avait le choix – il n’en est pas de même du second car  l’objet de notre attachement  devient en quelque sorte une partie intégrante de nous-mêmes, puisque nous en avons fait en quelque sorte une annexe, ce qui nous aura permis de nous décharger d’une   androgynie jugée pesante et ingérable- ce   qui correspond à notre premier stade-  si l’homme veut féconder un  grand nombre de femmes, dans un temps très court. Rappelons que l’Ancien Testament n’est pas monogamique. On bascule dans la problématique anthropocentrique des alliances.
Quand il est dit « croissez et multipliez » (Genèse  I, 28 ; IX ; 7-17),  cela n’est guère concevable  qu’à condition  que  l’homme  puisse  œuvrer dans la simultanéité et ne soit  pas limité par le temps, ce qui découlerait de ne pouvoir faire qu’un enfant à la fois, avec une seule compagne.
En fait,  il y a bien trop de signifiants par rapport  au nombre de signifiés, surtout si l’on prend en compte toutes les langues existantes. Comment l’humanité pourrait-elle  se servir de tous les signifiants possibles  sans pour autant basculer dans un surdécoupage du signifié – dont on a un bon exemple avec le nombre de ministres dans un gouvernement  ou de dieux au sein d’un Panthéon- tel est bien un des principaux enjeux qui se présente  à  nous. L’inflation de signifiants conduit à une inflation de signifiés d’où l’intérêt de relier épistémologiquement  linguistique et économie. On ne peut éviter de rappeler la profusion des spermatozoïdes  et le choix draconien qui s’opère parmi eux  pour aboutir à l’unicité.
Mais à son tour, le monde du signifiant se doit de préserver ou de restaurer constamment son intégrité –retrouver sa virginité- une nouvelle jeunesse – l’eau de jouvence fait partie des mythes alchimiques -   comme une assiette doit être lavée pour ne pas perpétuer les traces d’usages antérieurs, un tableau doit être effacé après chaque emploi. L’homme doit se raser pour éliminer ce qui a poussé entre temps, d’une fois sur l’autre.
La sémantique est  l’histoire de ces traces du passé et elle ne saurait être sacralisée, chaque groupe et chaque génération  ayant la liberté de redéfinir et de trier les signifiants auxquels  elle entend recourir.  Mais il est tentant de vouloir préserver les acquis du passé tel un trésor.
Les mathématiques, la géométrie, la symétrie  sont  les garants de la cohérence du champ de signifiants  lesquels ne peuvent fonctionner qu’en réseau. En aucune façon, un tel réseau ne saurait être occulté et voilé par  une application  plaquée du signifié.
Dès lors que l’on fait  choix d’un certain signifiant – un mot mais aussi tout un poème, tout un texte, tout un livre, toute une œuvre- et donc que l’on renonce à d’autres options, il convient d’apporter à cette décision une forme de justification qui établira et constituera le lien entre tel signifiant et tel signifié et c’est à cela que s’attelle l’interprète. Dans sa façon de traiter le signifiant,  il y aura un processus à l’œuvre d’appropriation,  de prise de possession,  de conquête, propre au comportement d’un coucou. Cela devra faire sens pour celui qui aura fait ce choix et devra l’assumer, vivre avec. Celui qui s’approprie trop facilement le bien d’autrui ne sera guère motivé à produire son propre bien et l’on apprend très vite les techniques d’usurpation. C’est probablement là la tentation principale pour les femmes. Bien mal acquis ne profite jamais.
Certes, le signifiant est-il plus ou moins chargé, lourd de ses précédentes attributions- si tant est qu’on en ait connaissance et c’est généralement le cas du moins en ce qui concerne l’apprentissage du vocabulaire, rarement déconnecté de tel ou tel signifié- ce que rappellent complaisamment les dictionnaires – mais qui en soi est avant tout un signifiant, supposé libre des précédents signifiés déposés.
Faire un choix, c’est établir une connexion, une  liaison,  un lien,  construire un pont  a priori exclusif,  poser une intersection  entre deux facteurs, deux éléments, instaurer  une sorte de cordon ombilical. L’existence même du lien fait apparaitre l’absence de lien par ailleurs. Qu’est-ce que l’analogie, sinon le constat ou l’instauration, le tissage d’un lien aussi improbable serait-il.? Ce lien est-il le fait de l’émetteur ou du récepteur?  Rien n’empêche un objet de se relier à un autre sans lui demander son avis. Les astres peuvent avoir été instrumentalisés par les hommes pour servir de « signes » sans que ces astres aient été conçus pour cela. D’où un dialogue de sourds entre astronomes et astrologues. Poser d’entrée de jeu que telle relation est impossible entre deux ensembles, entre deux plans, est une aberration qui ne tient pas compte de la force du « nexos », lequel tend à décloisonner. Même la poésie par les rapprochements qu’elle propose tant sur la forme que sur le fonds relèverait du nexos, au prix de certaines dissonances.
Par voie de conséquence, rompre ce lien est une affaire grave. et le mot rupture veut bien dire ce qu’il veut dire  quand il  désigne une séparation.
Entre un signifiant et un signifié, il  y a des liens qui se constituent, ce sont des lignes qui relient un point à un autre.
A partir de quand un lien se met-il en place? Il y a le point de vue juridique (mariage, PACS) mais il y a aussi la dimension « informelle » comme lorsque  deux personnes se fréquent et   finissent par former un couple. C’est ainsi- du moins selon une certaine lecture de la loi- qu’un homme et une femme juives même si leur mariage n’a pas été reconnu devront néanmoins divorcer religieusement pour mettre fin à leur couple de fait.
Remonter aux origines, au schéma primordial,  c’est la condition  sine qua non pour enclencher un nouveau  cycle car nous savons instinctivement  que  ce  qui compte, ce n’est  pas la fin mais le début des choses.   Les débuts se ressemblent tous alors que les  fins  diffèrent  comme des assiettes qui au début du repas se confondent et qui à sa fin se distinguent.  Les  sociétés sont  écartelées entre le vieux et le nouveau consensus. Selon  nous, il  y a un temps qui  permet à un groupe de converger vers un nouveau  consensus, c’est-à-dire vers des projets en cours, un « work in  progress » et un temps où le groupe n’est capable  de s’unir que sur d’anciennes représentations déjà entérinées par les générations antérieures, ce  qui signifie  un poids  accru  du passé.  Si l’on considère, par  exemple, les événements  de 1989,  on peut parler  de régression : les sociétés de l’Est de l’Europe ne parviennent plus  à « croire » aux perspectives marxistes et préfèrent en revenir à un passé bien plus ancien qui servira désormais de ciment. Nous  verrons que cette alternance   s’inscrit dans une loi   d’alignement cyclique qui nous apparait comme une « clef »  de l’Histoire.
Il n’est donc probablement pas fortuit de voir le christianisme accorder la plus grande importance à la « fin des temps », à une certaine abolition  du statu quo en un espace-temps où tout en vient à converger- ce qui signifie un refus de remonter aux origines, selon un processus cyclique qui doit s’accompagner périodiquement d’une activité de  nettoyage.
Il sera beaucoup question de la problématique du choix et  nous partirons pour ce faire du rapport signifiant-signifié- contenant-contenu-  qui ne peut au départ qu’être formel et relever d’une esthétique qui précède une éthique. En ce sens,  il nous semble que nous rejoignons Levinas dans ce qu’il écrit sur le visage –ce  qui est donné à voir.  L’autre existe déjà par ce qu’il présente au regard et par-delà tout signifié que l’on peut lui avoir attribué et c’est en ce sens, que le visage est d’abord de l’ordre du signifiant et qu’il produit  d’emblée une impression par ce qu’il donne, montre  à voir. Nous sommes des êtres marqués et motivés par l’esthétique,  de même  selon nous les peuples existent par-delà leurs croyances  du fait de leur image et cela vaut évidemment pour les femmes, par-delà toute fonctionnalité qui  ne serait pas la cause mais la conséquence de leur apparence
. On serait constamment  dans l’attente d’une jonction entre signifiant et signifié. Si nous sommes désireux de posséder, d’acquérir, d’user d’un certain signifiant, cela implique que nous soyons disposés à lui accorder une certaine valeur, que nous devons trouver un prétexte pour justifier, étayer,  notre désir.
Ainsi, le préjugé de  l’âge- qui est aussi celui de la taille,- pose le problème du signifiant et de cet a priori qui du moins dans un premier temps nous amène à adopter une certaine attitude au vu de certains signaux. On accorde une grande importance à l’apparence par-delà le « contenu » et cela montre à quel point nous sommes tributaires de critères visuels aussi bien positifs que négatifs et donc à quel point nous tendons à généraliser et à relier une personne à un ensemble. C’est plus fort que nous. Le signifié ne peut « pousser » que sur un terrain qui nous séduit visuellement, c’est-à-dire physiquement. Les mariages de raison, arrangés par les familles, permettaient de dépasser une telle limitation alors que les mariages d’attirance sont tributaires de notre rapport au signifiant, au contenant plus qu’au contenu.
Il faut insister sur le décalage quantitatif entre le nombre de signifiants qui est à peu près infini, surtout si l’on englobe toutes les langues du monde dont on connait les interférences et celui des signifiés qui devrait du moins en principe être des plus limités et se réduit fondamentalement au ressenti de l’enfant avant même qu’il ait appris quelque langage que ce soit, d’autant qu’en tout état de cause, cet apprentissage est fonction du besoin de « loger », de « caser » , de déverser, de déposer ses propres signifiés, dont certains besoins primaires  tant sur le plan matériel qu’affectif. Selon nous,  nous percevons le signifié de façon biaisée du fait précisément du signifiant qui fait obstacle.
D’où l’importance de la notion de synonymie qui montre bien que l’on peut dire la même chose de cent façons différentes, ce qui est d’ailleurs la base du processus de  traduction. En bref, nous avons l’embarras du choix des signifiants et il serait fastidieux de croire que deux signifiants différents impliquent deux signifiés différents, comme beaucoup ont tendance à le  croire.
Inversement,  s’il existe un mouvement centrifuge, force est de constater qu’il existe aussi un mouvement centripète qui tendrait  au contraire à recourir à un même signifiant au sein de langues – ensembles de signifiants- très différentes, c’est notamment le cas de certains mots français qui se retrouvent à peu près à l’identique en anglais, en allemand ou en russe. Que l’on songe simplement au mot « Europe » qui n’existe qu’en anglais et en français, puisque dans toutes  les autres langues, cela s’écrit « Europa » ? C’est bien là la  griffe  du French Touch !
L’histoire de Roméo et de Juliette nous parle en ce qu’elle revêt une dimension subversive, qu’elle est un dépassement des clivages. Le couple exogame est le pendant de l’interdit de l’inceste mais étrangement, il y a de la subversion dans le lien conclu à l’extérieur tout comme il y en a dans le lien conclu à l’intérieur du « clan ».
Nous pensons que la recherche d’alliances  est un facteur essentiel  de l’évolution  de l’Humanité que Darwin nous semble avoir quelque peu négligé. Cette question constitue la partie centrale du présent   travail. La question qui se pose est celle du maintien  indéfini de certaines alliances ou l’éventualité d’y mettre fin,  ce qui conduit à en revenir à un état antérieur  à l’alliance  ou au contraire  constitue  un recours  aux machines comme substitut  aux anciens partenaires.
Les saturnales étaient des fêtes à Rome  qui s’intercalaient entre  la fin de l’année et le début de la suivante – et l’on  y faisait mine de permuter les rôles ; ce qui revenait à faire des esclaves des maîtres et des maîtres des esclaves.  C’est dire que ceux qui servent sont tentés de prendre la place des maîtres. Ils veulent posséder ce qu’ont-les « seigneurs », et c’est en fait là tout leur programme.  Si l’on analyse les revendications des femmes, leur représentation du futur, cela se réduit à obtenir ce que les hommes ont déjà obtenu. Leur ‘révolution » n’innove qu’en une volonté de redistribution, de transmission alors que le progrès chez les hommes implique de nouvelles représentations du monde,  qui ne correspondent pas à ce qui est déjà connu.  Les femmes se veulent dans la réalité mais en même temps, elles se laissent séduire par des chimères.
C’est pourquoi les revendications sociales  se limitent à un nouveau  partage des richesses  et ne sauraient être confondues avec les explorations de nouveaux continents.  Il convient donc de ne pas confondre la révolution « féminine » et la révolution « masculine ». L’une exige qu’on donne à ceux qui n’ont pas ce que d’autres ont alors que l’autre  explore ce qui n’a pas encore été dit, pas encore explicité, ce qui reste à découvrir. L’une  est somme toute conformiste et l’autre  réformiste.  L’une veut mieux répartir, l’autre cherche à  exploiter de nouvelles pistes.
Il semble que nos contemporains ne soient pas assez prémunis face aux processus mimétiques dont on sait les effets en ce qui concerne le développement de certaines maladies comme l’infarctus, dont l’étymologie est la même que celle de farce. Un poulet farci  est un poulet dont le contenu n’est pas celui que l’on croit. Au lieu de viande, on trouve du riz, par exemple.
Nous dirons que toute forme d’imitation et donc de répétition  – car les deux notions sont indissociables : se répéter n’est-ce point s’imiter voire se singer, se plagier soi-même ? – génère du décalage, du déphasage dans le temps comme dans l’espace, une présence de l’absence et une absence de la présence, bref une représentation. On notera que dès qu’il y a répétition, on bascule ipso facto de la Subconscience à la Surconscience, on change totalement de registre. On perd en spontanéité, en élan vital.
Il nous arrive, aux  uns ou aux autres, d’avoir à reprendre, à réutiliser un texte que nous avions rédigé des années auparavant et de ne plus en comprendre parfaitement toutes les implications voire même de ne plus en capter  véritablement l’argumentation, victimes d’une certaine forme d’amnésie. Ce texte nous est devenu quelque peu étranger bien qu’il soit nôtre. Nous pouvons même lire –ou réciter par  cœur-  à haute voix –en y mettant le ton – ce texte devant un public et on n’y verra que du feu du moins tant que l’on ne pose pas de questions trop pointues. On est ainsi replacé, de façon régressive et infantilisante, dans l’état d’esprit  de l’école primaire. Ce texte n’appartient pas à notre présent. Nous n’en avons plus la maîtrise, le contrôle des tenants et aboutissants. Quelque part, ce texte nous est devenu étranger.
Eh bien, cette sensation est des plus communes pour les femmes et elles s’en sont fait une raison. Elles sont totalement dépendantes du texte qu’elles proposent et qui est censé en fait se substituer à elles, les posséder, les remplacer, faire l’affaire. Tout se passe comme si elles étaient le contenant ici et maintenant d’un contenu qui les dépasse et c’est bien aussi ce qui se passe quand l’enfant sort de leur ventre et qui, quelque part, leur est étranger car elles n’ont pas réellement  participé à ce qu’il est devenu au cours des 9 mois où il aura séjourné en elles.
Notre civilisation  a désappris à apprécier l’authenticité et la rareté  du hic et nunc et se résigne à se satisfaire du réchauffé et du réhydraté. Ce faisant,  elle ne peut que basculer dans la médiocrité, la banalité tant  les répétiteurs sont légions en comparaison des vrais créateurs, des penseurs authentiques. S’il y avait encore un public capable de goûter ce qui est exceptionnel- et de payer le prix en conséquence-on tendrait à se désintéresser des performances de second ordre ou du moins on les jugerait comme telles. Cela reste vrai en peinture, cela l’est beaucoup moins pour la musique. Qui accepterait de nos jours de payer un prix élevé pour assister à la « création » d’une œuvre, c’est-à-dire non pas à sa première performance en public comme le terme a fini par signifier mais bien à son élaboration même ? Peut- être s’est-on finalement  persuadé que le temps de l’improvisation, du premier jet parfait était révolu et que seul un effort laborieux était gage de qualité ? Ne faut-il pas y voir un signe de décadence ?
.  Nous dirons que l’individualisme constitue un clivage qui permet de relativiser l’importance historique d’une œuvre.  La question ne serait plus : est-ce que l’œuvre est nouvelle pour le monde mais est-ce qu’elle est nouvelle pour moi ? Ce qui est évidemment mettre la barre beaucoup plus bas ! Il y a une dévaluation de l’espace-temps et un changement d’échelle.
Or, imiter c’est se placer en situation de dépendance du passé et de l’ailleurs,  de l’autre. On a fini par faire l’apologie  de l’interdépendance notamment sur le plan économique comme s’il s’agissait d’un idéal  alors que l’on ne fait que de nécessité vertu.  Celui qui se contente, se résigne à des pis-aller- qui sont souvent des cache-misère- renonce ipso facto à toute attente, à toute espérance. On notera que la dépendance est un facteur majeur de sociabilité. Celui qui ne peut compter sur lui-même, fait appel à autrui pour se former, pour subsister par l’acceptation d’un certain travail.  Inversement, celui qui n’a besoin d’autrui ni pour acquérir des talents dont il n’aurait pas été doté à la naissance ni pour subvenir à ses besoins, sera moins impliqué socialement puisqu’il n’aura pas à faire partie d’une école ou d’une entreprise pour  exister.
Nous dirons qu’un  monde de pis-aller n’attend plus rien de l’avenir puisqu’il se refuse même à assumer, à avouer ses frustrations, faisant de nécessité vertu. En prenant conscience de ses manques, une société peut  se projeter vers le futur ce qui exige de déceler  et d’évacuer les expédients.  D’où l’importance qu’il y a à  disposer d’une élite capable de démonter certains échafaudages qui relèvent de la Surconscience et non de la Subconscience, c’est-à-dire qui se situe dans la limite des deux premiers stades d’évolution que nous avons présentés plus haut. Au troisième stade, androïdique, on est passé de l’intérieur à l’extérieur.
Or, on nous apprend très jeune à nous accrocher, à nous  tenir à quelque chose, comme dans le bus et dans le métro, au lieu d’essayer de trouver son propre équilibre, la bonne position.
Il faut exiger des produits frais, des œuvres  « du jour », comme des œufs qui viennent juste d’être pondus. Nous vivons, a  contrario, comme si nous étions en plein hiver en permanence ou sur quelque vaisseau fantôme loin de la terre, où l’on ne  se nourrirait que de biscuits et de produits de longue conservation et en quelque sorte morts. Etrangement, les machines tendent à nous habituer à un certain ressassement, à un radotage, avec leurs messages en boucle et leurs gestes reproduits indéfiniment, inlassablement et donc intemporellement. Les machines sont omniprésentes mais  ne sont censées avoir qu’un statut subalterne. Ce n’est donc pas la présence ou l’absence de la machine qui fait débat  mais son niveau d’intervention. Paradoxalement, il est fréquent que les subalternes acquièrent un certain pouvoir. On pense aux vigies qui à la fois sont  souvent des marginaux par rapport à la société et qui à la fois  disposent d’une certaine autorité parfois jugée pesante et outrée.  Il en est de même des domestiques qui ont un statut ambivalent, à la fois de soumission et de responsabilité.  Dès que l’on croise un homme noir, on est  tenté- par quelque réflexe- dans un premier temps, pour  en faire un responsable de la sécurité des lieux. On touche ici à la tendance à instrumentaliser les différences en en faisant des fonctions.  Le fait qu’en ce début du XXIe siècle les femmes s’habillent autrement? –et le port du pantalon  ne suffit nullement à effacer les différences car  celles-ci se situent en fait  au  niveau des couleurs portées. Tout indique que la distinction des sexes  est renforcée, soulignée, par le mode d’habillement et cela vaut aussi pour le maquillage qui introduit aussi  une dimension chromatique.(rouge à lèvres, à ongles,  poudre,  soulignement des yeux, teintures, etc.). Toute personne est  assimilable  à un signifiant lequel  détermine notre histoire en ce qu’il se donne à lire par l’autre.

On connait bien le cas des Juifs longtemps cantonnés dans certaines professions jugées détestables mais nécessaires comme l’usure, le prêt sur gage ‘(illustré par le Marchand de Venise de Shakespeare).
Il nous apparait que si nous pouvons  modifier le signifié qui nous est attaché, en revanche, nous ne sommes guère en mesure de cesser d’apparaitre comme un signifiant spécifique voué, tôt ou tard,  à être relié à tel ou tel signifié. Comme il est dit à propos des symptômes, ils peuvent se déplacer mais ils ne disparaissent pas.  La France de Louis XIV n’est pas historiquement  celle de Napoléon mais elle n’en reste pas moins  la France, ne serait-ce que géographiquement. L’Emancipation des Juifs a changé leur statut sans pour autant qu’ils parviennent à se fondre dans la population française et la Shoah en aura été un démenti dévastateur ayant pour objet de carrément supprimer le spectacle même de cette présence juive. De même, les femmes peuvent changer de positionnement mais elles risquent parfois de tomber de Charybde en Scylla.
On ne réglera pas la question des signifiants  par le jeu des étiquettes, comme on a pu le croire. Le statut professionnel  ne saurait occulter des évidences plus fondamentales et qui n’échappent qu’à ceux qui ont décidé de ne pas voir..
Au fond, le « racisme » ne serait que la conséquence de l’instrumentalisation sociale des différents groupes  par le  biais  d’une perception visuelle qui fait sens au regard de la Subconscience.
Si  nous considérons non seulement qu’au regard de la  Subconscience nous ne naissons pas égaux, au sens où nous ne sommes pas voués à assumer les mêmes fonctions – surtout si l’on admet un système sous-jacent de castes- un autre problème se pose en aval, celui de la dégradation des potentialités ainsi que des savoirs et des consciences.
Et en ce sens, le rôle de l’historien  sera marqué par  la reconstitution de  systèmes qui  auront été détériorés, corrompus, interpolés. Nous ne sommes pas favorables à une sorte d’optimisme hégélien selon lequel ce qui est avait forcément à être, que cela correspondrait ipso facto au projet initial.  C’est au nom de telles croyances que la linguistique moderne aura achoppé en se refusant de diagnostiquer des perturbations, des insuffisances. Selon nous, de même qu’un organisme peut souffrir de malnutrition, d’une alimentation mal équilibrée, d’une alchimie organique déficiente, de même  une société peut être appréhendée sous un angle clinique.
La Subconscience  se situe à la charnière entre Nature et Culture.  L’absence de ce concept aura conduit à une opposition par trop radicale entre ces deux plans. La Subconscience  est une Nature apprivoisée, domestiquée, une « seconde nature » et elle ne saurait se réduire à quelque processus éducatif à l »échelle d’une génération, ce qui relève pour nous de la Surconscience.
La Subconscience se situe en phase avec la création artistique   et technique : aurai-t-on idée de reconstruire la cathédrale Notre Dame ou les pyramides d’Egypte sous prétexte qu’il s’agit là de monuments du passé qu’il faudrait mettre  aux normes actuelles. ?
L’humanité progresse-t-elle d’ailleurs encore  au niveau génétique c’est  à dire par croissance interne  sans recourir à des apports extérieurs ? En est-on resté au stade androgynique ?  Il semble que nos acquis soient figés et que le progrès ne passe plus que par la machine. En fait, il existe, selon nous, un stade intermédiaire qui est celui au cours duquel les humains  ont conclu des alliances avec des éléments extérieurs, et l’on pense évidemment aux connexions  avec les astres voire avec les dieux. Ce stade-là ne saurait être confondu avec  celui dans lequel nous vivons présentement. Il correspond à une faculté à se repérer en se servant d’éléments extérieurs mais en s’en tenant  au seul contact visuel. On ne refait pas du Newton, 300 ans après pas plus qu’on ne refait du Bach! On fait ce que Newton ou Bach auraient donné de nos jours. Faute de quoi  on bascule dans la déchéance, le temps des épigones, des héritiers, des gestionnaires.
On aura compris que la Subconscience tend à relativiser le poids de la formation si fortement montée en épingle par  certains, lesquels crient- trop  tôt – victoire à la moindre marge de manœuvre alors que l’on a affaire à des feux de paille. Apprentis sorciers. Pygmalions !
Ne quittons pas la proie pour l’ombre et apprenons à exploiter les ressources qui ont fait leurs preuves  au lieu d’investir à perte au nom de spéculations générées par  le culte de la culture
Le problème de la culture et de la technique, c’est que tout le monde peut en bénéficier, ce qui n’est pas le cas de la Subconscience. Savoir se servir d’un outil est à la portée de millions sinon de milliards d’êtres humains du fait même de la facilité de diffusion, de l’excellence de l’ergonomie des appareils. La voie « culturelle »  ne peut que favoriser les pays dont la démographie est la plus forte, on est dans le quantitatif, dans le statistique, dans l’addition qui ne peut se faire qu’avec des objets considérés comme identiques –on ne mélange pas les torchons et les serviettes – le nombre,  donc aux antipodes de la performance individuelle, quel que soit le mérite de chaque personne concernée. Une naissance isolée ne fait pas sens. . De façon emblématique, on note la proportion considérable d’Asiatiques  dans le champ de la musique classique occidentale. .C’est dire que parier sur la Culture et sur elle seule serait suicidaire pour l’Occident, il lui  faut  faire le pari inverse, à savoir que la voie de la Culture ne saurait rivaliser avec celle de la Subconscience., de cette impulsion, de cette vitalité.
Encore faut-il ajouter qu’une loi  ne vaut qu’en toute probabilité. Or, nombreux  sont ceux ou celles qui n’acceptent pas les statistiques au prétexte que cela ne «marche » pas à tous les coups. C’est ce que nous appellerons une épistémologie mécaniste. Idéalement, pour certains – et l’on bascule alors dans une forme de totalitarisme- il faudrait qu’il n’y ait pas d’exception à une règle- tous les biscuits d’une  boîte sont strictement identiques, c’est le modèle industriel -  et que tout le monde soit à l’unisson. Cela a pour effet, paradoxalement, que de ne vouloir considérer que des cas particuliers. Tout discours généralisant sera alors honni et banni puisqu’il suffira d’une exception pour le disqualifier.. Chassez le naturel, il revient au galop.
Accéder au champ de  la Subconscience passera inévitablement par une entreprise d’anamnèse car celle-ci  nous renvoie à un plan établi très anciennement quand bien même continuerait-il à se manifester, en ce sens, il  fait concourir diachronie et synchronie. Mais  être conscient de la  Subconscience ne signifie nullement y mettre fin car sans la Subconscience,  nous serions submergés au niveau du conscient par les tâches à accomplir, ce qui nous ferait basculer dans la Surconscience.
Le fait de se souvenir de quelque chose,  d’un nom, d’un fait  fonctionne à partir  du présent pour remonter vers le passé. Mais dans ce cas, on désignera par passé, ce qui a  été oublié car ce qui n’est pas oublié ne saurait être considéré comme passé  tout comme le futur ne saurait s’inscrire dans le présent du fait qu’il ne s’y trouve pas encore. En ce sens, le présent  est à l’évidence le point de tout départ.
L’amnésique est celui dont le cerveau se refuse à fournir ce travail de mémoire au niveau personnel. A ce propos, nous dirons que  le fait de retrouver une information stockée dans notre mémoire  est un exercice autrement plus tonique par toutes les connexions que cela implique,  que de faire appel à un ordinateur.  A l’inverse l’historien assume un devoir  collectif de mémoire à partir de ce qui nous est parvenu, provenu, souvenu  du passé. Il se donne ainsi les moyens d’en produire une genèse qui ne fait sens qu’à partir des données connues et reconnues mais qui n’en est pas moins spéculative, puisque l’on procède du connu- ce dont on se souvient- vers l’inconnu- dont on a perdu ponctuellement le souvenir. Il s’agit toujours de remonter plus haut, dans un esprit exhaustif.
Autrement dit,  à tous les niveaux, nous sommes tous invités à nous souvenir (il y a l’  idée de faire venir, de convoquer) de ce qui nous manque dans la conscience de ce qui  a fait que nous sommes devenus (également le verbe venir) ce que nous sommes devenus tant à une échelle  tant individuelle que collective. Le présent ouvrage s’inscrit pleinement dans un tel projet mémoriel et c’est ce qui en fait nous semble-t-il  tout l’intérêt et tout l’enjeu. Ajoutons que  le travail sur le passé doit être en mesure de déterminer les sources, les apports étrangers, les interventions de l’extérieur. Paradoxalement,  celui qui jouit d’une bonne mémoire immédiate  démontre ainsi des  facultés de recherche  puisque  aussi immédiate soit cette mémoire, elle n’en résulte pas moins d’un intense travail d’investigation, l’immédiateté  ne faisant que prouver, démontrer  la puissance de l’intellect et non quelque spontanéité  irréfléchie.
Il est certes intéressant de remonter aux sources d’un document mais encore faut-il s’entendre sur la formule. Quels sont-les critères permettant de statuer sur sa genèse?  Si l’on considère  un certain corpus, on peut  s’ingénier à en  étudier séparément chaque élément, ce qui sous entendrait que celui qui a constitué le dit corpus aura effectué le travail de compilation. Or, dans bien des cas, le corpus étudié n’est que la reprise d’une compilation antérieure. Comment distinguer entre une compilation originale et une reprise de la dite compilation plus en aval? C’est le cas du Tarot dont les composantes (pour les 22  arcanes majeurs)  se retrouvent en amont dans d’autres corpus, à savoir les Livres d’Heures. Or,  généralement,  le nouvel avatar de cette compilation est défectueux et n’aura retenu que certains fragments de la compilation d’origine, elle-même constituée à partir d’un matériau antérieur qui aura été (ré) organisé, (ré) agencé.
Un cas intéressant concerne le rapport entre latin et français et entre français et anglais. L’anglais a « pioché » dans le français à d’innombrables reprises mais il ne l’aura fait que partiellement et incomplètement et non sans commettre des erreurs d’analyse. Quant au français, il  est certes une compilation mais  c’en est une plus cohérente, plus structurée que ne l’est en aval l’anglais.
La question des sources  qui s’enchainent les unes aux autres ne saurait nous faire sous-estimer l’extrême importance sur le plan diachronique  de l’immédiateté.
Dans le cas de l’influence du français sur l’anglais, d’aucuns se complaisent à signaler tout ce que le français doit au latin, de façon à minimiser ce que l’anglais doit au  français. C’est de bonne guerre!
L’historien se doit  de respecter ce principe d’immédiateté au risque de basculer dans l’anachronisme. L’étape qui a juste précédé  constitue une donnée d’appréciation essentielle en ce qu’elle  s’inscrit dans  toute une contextualité historique.  Le biographe se doit de reconstituer la bibliothèque de tel auteur, c’est-à-dire de signaler les ouvrages que le dit auteur  a eu sur sa table.
Le cas des recueils est emblématique.  Il n’est  pas satisfaisant de sauter des chainons.   Tel recueil est  en fait issu d’un précédent recueil et il est donc inexact historiquement de laisser entendre que l’auteur du dit recueil considéré a eu accès à telle ou telle source alors que c’est le recueil dont il s’est servi qui a été en contact avec les dites sources. Ce faisant, l’on risque fort de supposer que tel auteur aura effectué un travail de collecte de données qui, en réalité,  n’aura pas eu lieu, du moins à son niveau.
On sait qu’à quelque secondes près,  l’idée de X peut être récupérée par  Y qui peut être tenté de se l’approprier mais l’on sait aussi que ce qui sort de la bouche  de X peut provenir de quelque source. Cette  intercommunication quasi immédiate  entre les humains n’aura pourtant pas empêché d’attribuer une œuvre à un auteur donné. Cela tient notamment au fait que celui qui imite n’est jamais seul à imiter et que le pire ennemi d’un imitateur, c’est un autre imitateur, comme pour une femme de découvrir, dans un bal, qu’une autre femme porte exactement la même robe ou la même parure voire tient les mêmes propos.
En tout état de cause,  la recherche de la source immédiate doit  prévaloir sur celle de la cause lointaine car ce qui importe c’est  la dépendance que nous avons en un instant T avec notre environnement, c’est  la synchronie et non la diachronie, si l’on peut admettre que la synchronie comporte un espace minimal  de diachronie et vice versa.
Dans nombre de cas,  telle source proposée  n’est pas immédiate en ce sens qu’elle est fragmentaire par rapport à l’ensemble considéré. On en arrive ainsi à une analyse qui  multiplie les sources diverses sans  donner les raisons de cette diversité qui tient en réalité à la source immédiate elle-même.   On laisse croire ainsi  que telle personne a effectué tel travail de recherche alors qu’elle s’est approprié celui d’autrui. Le geai paré des plumes du paon.
Nous vivons dans un monde hybride : tant concernant la question de Dieu – on nous parle de nos jours d’un dieu à la fois créateur de l’univers et dieu  consacré au seul peuple hébreu, tout à la fois-  qu’en ce qui concerne la question d’une Humanité,  qui est à la fois duelle et qui se refuse comme telle dans sa représentation de son avenir- ou de la question de la langue mondiale, l’anglais étant par excellence une langue  hybride dont on ne sait plus si elle est germanique ou latine- et en effet face à une astrologie qui se veut  à la fois  traitant de l’Histoire du Monde et de celle de tout un chacun.
La géopolitique et  plus généralement les sciences sociales souffrent donc d’une double carence, en ce qu’elles ne disposent pas d’un modèle cyclique universel – ayant fait notamment l’impasse sur l’astrologie- certes à accommoder selon les contextes- ni d’une conception viable des clivages socioprofessionnels – ce qui englobe selon nous le clivage sexuel- mais aussi des clivages socioreligieux qui sont liés à des clivages que l’on peut qualifier de « raciaux » pour simplifier. Or, l’astrologie a bel et bien  son mot à dire sur ces différents plans tant pour ce qui est du temps que de l’espace social – alors qu’elle se cantonne dans des approches individuelles vaines qui ne vont pas du général au particulier mais qui abordent d’emblée le particulier sans maitriser la question des normes, comme un médecin qui entendrait soigner sans connaitre le fonctionnement du corps
Quand nous  suivons certains débats, dans les domaines les plus variés  sur les médias les propos tenus par des personnes censées   incarner une certaine élite intellectuelle  nous apparaissent comme  marqués par un double déni : le temps n’existe pas et le sexe  ne compte pas. Autrement dit, peu importerait qui parle et quand on parle.
Cela  nous renvoie évidemment à la Subconscience : quand nous exprimons un avis, de deux choses l’une, ou bien  nous répétons ce que d’autres ont dit ou bien nous  allons irrésistiblement  dans un sens qui correspond à  un certain tropisme, tout simplement parce que  nous préconisons des solutions qui correspondent  à notre savoir-faire. Les moyens déterminent les fins.
Quand  il y a crise, chacun fournit ainsi des solutions qui  sont en phase avec ses compétences.  Ainsi dans un débat sur l’Europe,  les femmes préconiseront une  harmonisation  des différences entre les membres alors que les hommes  mettront l’accent sur les moteurs que sont la France et l’Allemagne. Chacun y va de ses priorités, voit midi à sa porte.
Mais  cela ne serait pas si  grave si l’on situait les choses dans le temps : est-ce que,  à un moment donné, pour un temps donné, telle approche n’est pas plus opportune que telle autre ? Et c’est là que la carence  du point de vue de la conscience cyclique (venant s’ajouter à la carence de la conscience sexuelle)  sera la plus criante. En fait, il n’y a pas de cyclicité  sans  qu’il existe une certaine dualité au sein d’une société.  Toutes ces questions s’inscrivent   d’ailleurs – comme on le verra -  dans une réflexion sur le langage et notamment quant à la dialectique de l’oral et de l’écrit.
Mais comment distinguer le changement  révolutionnaire du changement évolutionnaire  si l’on entend par là  d’une part un processus cyclique et de l’autre un processus linéaire ? Il y a en effet des ressemblances entre les deux dynamiques qui peuvent prêter à confusion.  En effet, ce qui est cyclique passe par des changements marquants, comme le jour et la nuit au point que l’on puisse douter qu’après la nuit revienne le jour. Il est donc fréquent qu’un futurologue  imagine que l’on assiste à une évolution alors qu’il ne s’agit que d’une révolution. Mais l’inverse peut aussi se produire et l’on risque de prendre pour une manifestation purement cyclique ce qui correspondrait à un changement plus radical voire irréversible. C’est ainsi qu’une crise au sein d’un couple – y compris entre un dieu et un peuple- sera interprétée comme la fin d’une ère alors qu’il ne s’agit peut-être, au fond, que d’une crise passagère, ponctuelle. En fait, une révolution ne saurait s’envisager s’il n’y a pas la conviction que l’on a compris les mécanismes en jeu. En ce sens, l’idée même de révolution- tant scientifique que politique- ne débouchera sur une praxis que s’il y a eu préalablement un travail de définition, d’analyse. C’est en ce sens que l’œuvre d’un Jean-Jacques Rousseau avec notamment le Contrat Social aura rendu pensable la Révolution Française.
Si la notion de cycle est essentielle  pour notre anthropologie, elle se confronte ici dialectiquement avec celle, spatiale, de peuple. Ce thème est central  dans notre discours cyclologique en ce sens que nous nous intéresserons avant tout  aux relations complexes entre  le peuple et ses chefs, mais aussi dans notre discours  théologique centré sur les rapports entre  peuples et dieux. On le retrouve encore à propos des enjeux linguistiques indissociable, à notre sens, des peuples que nous comparerons à des arbres porteurs de fruits et enfin, il sera question du peuple des femmes, en tant que catégorie bien repérable non seulement culturellement mais au regard de la Subconscience.
On nous place souvent devant un dilemme : celui de la théorie et de la pratique qui viendrait valider la théorie. Mais il nous semble préférable de partir d’une réalité « nettoyée » (de l’adjectif net) car il ne fait guère sens de théoriser sur des données « brutes » qui n’auraient pas été décantées. Il est donc  utile de disposer d’une intelligence structurante, réductrice,  purificatrice, d’un esprit critique permettant de constituer une interface entre théorie et pratique. Il est clair qu’il est vain de vouloir généraliser sans un travail préalable de purification.
Une croyance peut-elle, au vrai, se vérifier ? Ce qui peut se valider, selon nous, c’est le fondement de cette croyance, c’est-à-dire  la fascination pour une certaine forme, celle du signifiant  qui prime selon nous sur le signifié, c’est le penchant, la fascination pour tout ce qui est structure et le rejet pour tout ce qui ne l’est point ou pas assez. En ce sens,  notre approche se revendique d’un certain cogito cartésien, car la  quête de clarté n’est-elle pas celle du Beau ? On veut croire que ce qui est beau est bon. C’est ce qui nous fait conférer du « crédit » aux choses et aux gens, au risque de la crédulité. Ajoutons que la « réalité » peut tout à fait se contrefaire – mais on bascule alors dans la Surconscience – et qu’en aucun cas, celle-ci ne saurait oblitérer nos exigences intellectuelles sous prétexte que ‘ça marche », ce qui  rejoint, recoupe  la méthode cartésienne.
Comment  un savoir perdure-t-il ? On pourrait ainsi résumer l’enjeu de nos travaux depuis une quarantaine d’années. Rôle du commentaire dans notre thèse de troisième cycle en 1979, rôle du recyclage dans notre thèse d’Etat en 1999 et rôle de la contrefaçon dans notre Post-doctorat en 2007. On ajoutera qu’en dépit du titre limitatif,  nos éditions des Clefs pour l’Astrologie -1976 et 1993, chez Seghers) préfigurent  notre présent travail.
Le commentaire permet de renouveler le sens, la portée d’un texte, le recyclage lui permet de s’ajuster sur de nouvelles données au prix de quelque retouches- comme par exemple, le chiffre d’une date ; quant à la contrefaçon,  elle consiste, notamment, à produire des éditions antidatées, ce qui revient à remanier  non pas tant l’avenir que le passé.  Avec les Centuries de Nostradamus, on dira que ces trois méthodes auront été  conjointement à l’œuvre. Cela montre à quel point on peut couvrir un champ très large dans le temps et dans l’espace au moyen d’un corpus singulièrement limité certes mais  constamment réutilisé.
Bien évidemment,  il s’agit d’un combat face à des forces  d’imposture  qui occupent indument le terrain.  En  2000, nous avions organisé un Colloque interdisciplinaire sur la Dualité autour de trois axes : l’astrologie, les  Juifs  et les femmes. Quinze ans plus tard, nous remplaçons les femmes par les hommes car nous pensons que ce sont les hommes qui  sont bien plus dénigrés que les femmes et qui font l’objet d’un déni.
De nos jours, le principal fléau, au regard d’une certaine exigence épistémologique, c’est la tentative pour se situer sur un plan  « purement » individuel  alors que notre histoire est avant tout celle de groupes, de communautés. Même un créateur ne fait sens que  dans la mesure où son œuvre a vocation à sauver la société de la sclérose, de l’ennui.  Quant à un individu « moyen », il n’existe que par le biais des sondages, des statistiques, de l’audimat. Ces deux populations servent l’une comme l’autre la « chose publique » et il serait absurde de ne pas maintenir une telle dualité.
Mais, ne s’agit-il pas, avant tout, de problèmes de définition à commencer par le mot « dieu » qui est perçu comme forcément unique et  universel alors que l’on  devrait se demander : dieu de qui ? Repenser l’idée de dieu, c’est, selon, nous la reconnecter avec celle de peuple et vice versa.  Le terme « destin » est également perçu de façon par trop radicale. Pourquoi ne pas se contenter d’admettre l’existence d’une certaine cyclicité collective plutôt que de vouloir à tout prix se situer à une échelle individuelle ? Quant à la notion de langue, là encore,  on  défend le plus souvent  une vision par trop globale de ce que cela recouvre, une et indivisible. Et puis, il y a la notion d’homme qui, là encore, nous semble beaucoup trop vague, est-ce que les êtres humains seraient vraiment  conçus selon un seul et unique moule ?
D’aucuns  se satisfont en arguant du fait que le langage généralise, que l’on parle indifféremment d’êtres humains. Le langage a bon dos !   Ne serions-nous pas victimes d’une sorte de « philosophisme » ou de « langagisme » qui finiraient  par dénaturer et réduire le réel  et la perception que nous en avons ?

Le déni serait la tentation  de faire table rase du passé. Non seulement en prenant de la distance par rapport à telle ou telle tradition mais en remettant en question des clivages beaucoup plus profonds, comme celui de l’homme et de la femme. C’est ce qu’on appelle jeter le bébé avec l’eau du bain.

 

 

JHB

05/ 09/15

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