07 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Les carences de l’expression écrite et la transmission des codes de lecture

 

Les carences de l’expression écrite  et   la transmission des  codes de lecture en français

A la mémoire de ma grand mère, Claude Jonquière. (1885-1957), auteur d’une méthode  d’orthographe du français.

par  Jacques  Halbronn

Face à un texte écrit,  bien des interrogations subsistent:  quel est le « signifié » du signifiant, qui s’exprime  au travers des pronoms mais aussi quelle est la prononciation appropriée pour tel mot. Autant d’informations que la communication orale délivre sans obstacles.

Comment savoir comment une langue se « parlait », se pratiquait  à telle ou telle époque? On a  vite fait de supposer que cela ne change guère mais il nous est loisible d’en douter notamment dans les cas d’emprunt linguistique. Quand il y a emprunt et que la prononciation connue ne correspond pas à celle de l’original tel qu’on le connait de nos jours, on peut certes penser que c’est l’emprunteur qui n’a pas respecté l’original mais l’on peut aussi penser que l’original du temps de l’emprunt aura pu  évoluer entre temps. On prendra comme corpus les rapports entre le français et l’anglais mais aussi en faisant intervenir une troisiéme langue, l’allemand.

La thèse que nous soutiendrons ici concerne le son « ou » (selon le code français). Un son dans une langue n’est pas nécessairement cantonné à telle ou telle lettre et c’est notamment le cas pour les voyelles.  C’est ainsi que la lettre « w » se rend en allemand comme un « v » et en anglais comme un « ou », ce qui ne saurait étonner si l’on sait que le u s’écrivait v.

 

Le cas du français actuel  témoigne du fait que souvent la lettre « u » ne correspond pas au son « ou ». Prenons le mot « guerre », on n’entend pas de nos jours de « ou ». En revanche, le mot anglais « war » qui est la traduction de guerre, se dit « ouar ». En fait ces deux mots ont une même origine. Ici le français aurait éventuellement perdu le « ou », comme dans la plupart des formes où le « u » suit un g ou un q. C’est ainsi que le mot français « qualité » se retrouve en anglais prononcé « koualité » (quality) tout comme quiet  devient en anglais « kouayet » Mais ne serait-ce pas plutôt  l’anglais qui aurait gardé la prononciation française d’origine? Force en effet de constater que l’allemand,, langue germanique comme l’est l’anglais au départ,  ne rend pas le « w » par un « ou ». La forme phonique « ou » à partir du  u ou du  w  ne viendrai-t-elle pas du français qui l’aurait perdue par la suite?

On notera par ailleurs que la lettre « u »  se rend en français quand elle n’est pas « muette » par un  ü, -on utilisera ici le code de lecture allemand qui recourt à l’umlaut (le tréma) poiur moduler la prononctiation du a, du o et du u,  On notera aussi que les langues latines rendent la lettre « u » par un « ou » alors que le français prononce cette lettre comme  un ü, réservant le son « ou », à la forme « ou ».

La combinatoire du U avec les voyelles  a, o et e, donne  au, ou et eu. que l’on retrouve dans l’orthographe française mais alors que les autres langues prononcent le « ou » dans les trois cas, le français ne le fait que pour la forme « ou ». comme s’il l’avait perdu pur les deux autres.  Le « ou » du français ne serait donc que le rescapé de tout un dispositif puisque le français rend le « au » comme si c’était un « o » et le « eu » comme si c’était un  ö. Une convention de lecture rend le umlaut  en allemand par un e  adossé a a, o et u :  ae, oe, ue.

Pour renforcer notre thèse, nous emprunterons des exemples à l’hébreu ancien et singulièrement à la prononciation du tétragramme, dont justement on nous dit qu’il ne doit pas se prononcer en ce qu’il désigne le dieu des Hébreux. Cela correspond aux lettres Yod, Hé Vav et encore Hé. On  ignore, nous dit-on, la prononciation de ce mot, d’où des lectures comme Yahvé, Jéovah. Or; pour  notre part, si l’on s’en tient à la forme de plusieurs prénoms hébraiques, nous pensons que le son « ou » devait  être de la partie : Isaie se dit en hébreu Ieshayahou,  Jérémie, Yérémiahou, ou encore Mathieu qui se dit Matatyahou. Ce dernier cas est intéressant car il nous conduit à penser que la forme « ieu » en français devait correspondre à la forme « yahou ». Autrement dit, il faudrait lire « eu » avec le son « ou », tout comme la forme écrite « eu » et bien entendu la forme « ou » qui a subsisté en français. Et cela vaut  pour le nom même de « Dieu » qui devrait se lire « Dyahou », ce qui renvoie à la forme ancienne du dieu Jupiter. On notera à ce propos que le tétragramme ne comporte pas la lettre « D » que l’on trouve dans « Dieu »; En revanche, le Hébreux sont aussi désignés comme des Yehoudim (les Juifs) en ce qu’ils pratiquèrent le culte du dieu Yahoud.

On note que l’allemand  n’aura pas non plus préservé systématiquement le son « ou » dans son traitement de la lettre « w » . On ne dit pas Ouaymar mais Vaymar alors qu’on dit Washington. (Ouashington). MAis comme on l’a dit plus  haut, c’est probablement le français qui avait le plus pratiqué le « ou » -le transmettant à l’anglais du fait de son influence massive mais perdant ce code par la suite et ce jusqu’à nos jours.

Une étude comparée du français et de l’anglais écrits mais aussi à l’oral, tel qu’on le connait de nos jours, nous conduit à penser que l’anglais aura connu un français comportant des pratiques phoniques qui n’est plus guère attesté en français que dans un petit nombre de cas.  C’est ainsi que le mot « saveur » en français  correspond au verbe savourer, comme labeur et labourer. Le verbe a conservé la forme « ou » alors que le nom l’aura perdue. On a aussi  courage qui dérive de coeur.

Il est également intéressant de noter que l’anglais « hour » correspond au français « heure ».  On trouve en anglais « flour »(fleur de farine)  pour le français « fleur »., honour pour honneur  Idem pour ambitious  et ambitieux,  mystérious et mystérieux.

Le français connaissait encore au début du XXe siècle la forme « Adiou » pour « Adieu »

Tout indique que la forme « eu » devait se prononcer à l’origine « ou », ou si l’on préfére que le e ne se prononçait pas et que l’on prononçaut le « u » ou? On a encore le cas de nos jours du mot « gageure », que d’aucuns lisent « gajur » et d’autres « gajer ». Cette forme « eu », on la trouve pour Seigneur, qu’il faudrait lire « seignour », ce qui est proche de l’espagnol « senor » et de l’italien « signore » (cf aussi leur féminin). Cette prononciaition du « eu » en  « e » nous apparait comme une anomalie et un apauvrissement des tonalités du français. Il s’agit moins pour le français d’une évolution orthographique que d’une évolution du code phonétique.

 

Or, le fait que le  son « ou » se soit considérablement raréfié en français moderne, constitue un obstacle épistémologique car il gène le rapprochement entre le français et l’hébreu. On dit « juif » alors que partout ailleurs on entend « ou », comme dans le « Jew » anglais ou le « Jude » allemand ou encore le « Yahoud » arabe. Quand on prononce en français « Jupiter » et non « Joupiter », on manque le rapport avec la prononciation du tétragramme qui devrait être « Yehou » ou «  Yahou » (cf supra), la prononciation Yahvé étant, selon nous, défectueuse et devant laisser la place à la prononciation en « ou » du Vav. (on ajoutera un d pour donner Yahoud)

Le  « u » français est d’ailleurs assez mal traité quand on pense que le u est muet après un « g » et un « q » (comme dans Jacques, qui dérive de Jacobus, comme tous les prénoms français se terminant par « s » qui sont issus de noms en « us », Charles, Carolus etc)/ On a aussi des formes en « eu » comme dans Europe, où là encore le « ou » ne se fait pas entendre.(en anglais, Europe se prononce Yourop).  Le « peu » français correspond au « few » anglais qui en dérive, nombre de mot français en « p » devenant « f » en a (cf aussi  father  pour pater, fair pour pair). Rappelons qu’en hébreu, c’est la même lettre (péh) qui correspond à ces deux sons, ce qui explique qu’en français,  le f soit parfois rendu par un « ph ».

Nous avons affaire à une politique systématique d’ordre morphonologique, le ou est remplaxé par le eu dans certains états du mot; d’où toute une série de binomes dont on trouvera

ci -dessous une liste- certes non exhaustive- mais suffisamment démonstrative:

meurt  et  mourir

jeu et  joue

veut et vouloir

peut et pouvoir

émeut / meut  et   émouvoir / (se) mouvoir

neuf et nouveau

aveu et avoue

noeud  et noue

. Comment prononçait–on d’ailleurs en français, au départ, la forme « eu »? Selon nous elle se prononçait « ou », ce qui aura donné le « two » anglais,  calqué sur le « deux »  français et les passage

du eu au ou  dans preux/proud,  pieux/pious,  mysteriéux./mystérious qui tendent à nous rendre la prononciation française d’origine, qui ne variait pas selon que l’on avait « ou » ou « eu » maisqui servait de marqueur sur le plan orthographique.

On notera aussi que la prononciation française de la consonne « J » n’est pas non plus satisfaisante (l’allemand rend le «   j   » par le son ye  et l’espagnol comme l’italien emploient le  son «   ye   » pour la première personne du singulier- et qu’elle devrait être « Ye » comme cela se pratique en allemand, où l’on prononce l’écrit Jupiter « Youpiter ».  Le son « Ye » est donc assez rare en français (sauf avec le  i grec qui normalement est un upsilon, c’est à dire une forme de u ) alors qu’on le trouve bien plus souvent dans d’autres langues ?  Là encore, cela crée un décalage avec  l’hébreu

La comparaison entre le français et l’anglais, entre le préteur et l’emprunteur est susceptible d’éclairer non seulement la genèse de l’anglais mais aussi, pensons-nous, du français.

On a du mal en effet à penser que le français, issu du latin, aurait pris si promptement ses distances et aussi pourquoi l’anglais serait resté proche du latin en dépit d’un tel prisme français, hostile, allergique  au son « ou » !

Que l’on songe en effet à l’anglais « Why ? » qui dérive directement du latin « quia », le W se rendant par le « ou ». Mais cela vaut aussi pour when, what. Le français a gardé le « ou » dans « quoi » mais pas dans « quand ».  Cela vaut aussi  pour  le mot qualité qui se prononce en anglais « kalité » (quality)  donc avec le « ou » alors que le u de ce même mot est muet en français. On observe ainsi que le français « lieutenant » est prononcé en anglais « lioutenante » tout comme le mot « queue » se dit « kiou » en anglais, ce qui semble indiquer que la forme « eu » du français se rendait au départ par le son « ou ».

Certes, le « ou » n’a pas disparu de la langue française –non pas à partir du « u » mais  de la graphie « ou », comme s’il s’agissait de quelque retour en grâce : on connait la chanson Chagrin d’amour. Signalons que les locuteurs francophones belges prononcent  ‘depuis », avec un « ou » : depoui ». On note aussi que le « ou » est revenu en français par le biais d’un mot anglais  comme « cool », sans parler du « saloon » des westerns. La forme « oo » est devenue familière en français et elle est systématiquement rendue comme un « ou » comme dans Holywood. Mais le son « ou » apparait également dans « clown », que les français prononcent « cloune »  alors que les anglais disent « clone » !

 

 

 

 

 

En bref,  il apparait que le français aura bien connu le son ou avant de l’exclure. Mais on sait que d’autres mesures furent prises à un certain stade qui conduisirent à ne pas prononcer les consonnes finales non suivies de voyelles, ce en quoi il n’aura guère été suivi par l’anglais. Autant d’observations qui nous induisent à penser que lors de l’impact du français sur l’anglais, au  cours du Moyen Age,  des mesures de cet ordre n’avaient pas encore été prises et que  certaines conventions n’ont pas changé lors du passage du français à l’anglais mais bien plutôt  du fait d’une nouvelle organisation du français, ce qui correspond à un certain dirigisme dont on peut voir des manifestations restructurantes  dans divers domaines comme pour les « jardins à la française » qui  annoncent la vogue des constitutions à partir de la fin du XVIIIe siècle  qui sont autant de tentatives d’aménagement de l’espace social.

 

Or, on observe par ailleurs des défectuosités dans la transmission des codes de lecture du français. Au XVIe siècle,  quand était écrit  « XII. » ou « 12. » on savait qu’il fallait lire « douziéme ». Or, nous savons que de nos jours, l’on dira Louis XIV et non Louis le quatorziéme tout comme on dira le 4 Avril au lieu du quatriéme d’avril, comme le fait l’anglais et la plupart des langues existantes, distinguant ainsi nombres cardinaux et ordinaux. C’est dire que le français est lourdement coutumier de tranmissions douteuses et qu’il n’est jamais parvenu à  s’en corriger.

On notera que le « ou » apparait en français  moderne de façon assez inopinée pour rendre la forme écrite « oi » : moi,  toi,  soi,  roi, loi, oie, quoi, quoique comportent le son « ou » alors même que ‘l’anglais  rend la forme « oy »,  par « oye », comme dans « boy. Avec des verbes comme  vouloir,  pouvoir, on a même une répétition du « ou »..   ». Tout se passe comme si  un certain rééquilibrage s’était produit qui avait restitué une certaine présence du « ou » en contournant les codes de lecture. Il semble bien qu’à l’origine, la forme « oi » en français (cf la langue d’oïl) se prononçait comme le fait l’anglais (oye).Cela dit,  dans bien des cas , le son ou et le son o  alternent (comme c’est d’ailleurs le cas en hébreu pour le vav, tantôt rendu « o » (comme dans Shalom) et tantôt rendu « ou » comme dans Hallélouya. Rappelons qu’en latin,  il existe diverses prononciations : il semble bien que le « v » se prononçait  comme un « w » donc avec le son « ou »,  Vita se rendait par « wita » etc Rappelons qu’en hébreu, le vav  correspond aussi au son actuel  de la consonne « v », ce qui aura donné  Yahvé et Jéovah comme lectures possibles du tétragramme (Youd Hé Vav Hé)

On ne peut que constater la mauvaise transmission des codes de lecture en France. Où dans le monde  désigne-t-on les rois en recourant aux nombres cardinaux et non aux nombres ordinaux. Au XVIe siècle, on disait Henri second et non Henri II (deux). En fait dès lors qu’un nombre était suivi d’un point, il devenait ipso facto ordinal mais cette convention s’est perdue ou si l’on préfère la lecture profane l’aura emporté. Et cela vaut aussi pour les dates : si l’on dit premier janvier- donc ordinal-on poursuit avec le 2 janvier (cardinal) alors que l’on devrait dire le deuxième ou –comme les  anglais, utilisant le français, le second of January.(January the second). Peut-on raisonnablement laisser les choses en l’état ? Nous avons aussi un problème avec les majuscules en français. Dans les bus ‘ARRET DEMANDE   », doit se  lire ‘arrêt demandé   », ce qui implique de rajouter des accents, bref de compléter

Il reste que les différences entre français et anglais sont plus diachroniques que synchroniques, c’est à dire que l’anglais  correspond à divers états du français  bien plus qu’il ne manifeste une véritable spécificité qui serait due au génie propre de la langue anglaise.

Il nous apparait que le français a mis en place, à un certain stade, une régle selon laquelle on ne prononcerait pas les finales des mots, au risque de brouiller les codes et les marqueurs de nombre et de genre à l’oral, ce qui n’a pas beaucoup d’importance si l’on a le texte écrit sous les yeux. On peut penser que c’était là une façon abrégée de lire le texte écrit et que ce n’est qu’ensuite que cela en est venu à être utilisé en dehors du support écrit. On peut même penser que dans le cas de la non prononciation du « u » ou du « ou » , on a le cas de mots se terminant par la voyelle en question, dont notamment Dieu. Il est possible que l’on ait ensuite extrapolé à d’autres cas de figure, notamment pour le « u » muet, même hors des finales,comme après le g et le q, ce en quoi l’anglais n’aura pas suivi le français.

En conclusion,  l’on se demandera s’il ne convient pas de rétablir en français le son « ou » dans la prononciation de la forme « eu » comme dans Dieu  à rendre de préférence par « Dieou » ou Monsieur (réduction de Mon Seigneur)  qu’il faudrair rendre à l’oral par « Monsiour », ce qui pose aussi la question de la non- prononciation des consonnes finales en français, qui n’aura guère été reprise en anglais. Ne serait-ce pas parce qu’un tel code n’aurait pas toujours existé? Mais dans ce cas, comment différencierait-on à l’oral le masculin et le fémiinin des adjectifs (grand/grande). Un tel distinguo joue ici un rôle morphologique déterminant et a donc dû figurer très tôt, en tant que code de lecture, dans l’histoire du français. Ce sont les anglais qui n’auront pas su ou voulu suivre un tel exemple. Un autre souci du français et le marqueur du vebe à la troisiéme personne du pluriel : il chante s’entend comme « ils chantent ».- ce qui d’ailleurs se retrouve dans le traitement du verbe en anglais. (I change, they change). Comment prononça-t-on à l’origine la forme « ent »  qui par ailleurs est clairement rendue pour les substantifs comme parlement, gouvernement? Certaines anomalies qui nuisent à l’ergonomie de la langue mais qui pourraient être assez aisément corrigées si les locuteurs français du XXIe siècle  en acceptaient le principe au nom d’une certaine musicalité de la langue française qui a souvent été décrite comme moins musicale que d’autres, ceci expliquant cela.

 

 

JHB

16  09 15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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