09 août 2017 ~ 0 Commentaire

Anonyme : Etude sur Nostradamus

repris  de:
http://livresnumeriquesgratuits.com/data/documents/Nostradamus.pdf
Nostradamus
1
Nostradamus
Portrait de Nostradamus
par son fils, César de Nostredame.
Nostradamus
, né
Michel de Nostredame
(
14
décembre
1503
à
Saint-Rémy-de-Provence
-
2
juillet
1566
) était un
médecin
[1]
[2]
et
apothicaire
français. Pratiquant l’
astrologie
comme tous ses
confrères à l’époque de la
Renaissance
, il est surtout
connu pour ses prédictions sur la marche du monde.
Biographie
Il est né de Jaume (ou Jacques) de Nostredame et
Reynière (ou Renée) de Saint-Rémy. Jaume était l’aîné
des six (certains disent dix-huit) enfants du couple
Pierre de Nostredame et Blanche de Sainte-Marie. Le
nom des Nostredame vient de son grand-père
juif
, Guy
de Gassonet (fils d’Arnauton de Velorges), qui choisit le
nom de Pierre de Nostredame lors de sa conversion au
catholicisme
, probablement vers
1455
[3]
. Selon les
archives d’
Avignon
, et selon les archives de
Carpentras
qui parlent souvent de juifs des
autres régions, il est suggéré que l’origine du nom Nostredame fut imposé par le cardinal
de
Foix
[4]
de l’
archevêque d’Arles
,
Pierre de Foix
. Le grand père de Nostradamus, Pierre de
Nostredame était si convaincu de sa foi qu’il a répudié sa femme d’alors (Benastruge
Gassonet) qui ne voulait pas quitter le
judaïsme
. Le curieux « démariage » fut prononcé à
Orange
le
14 juin
1463
(ce qui lui a permis finalement d’épouser Blanche).
Nostradamus
2
Son enfance
C’est son
bisaïeul
maternel, Jean de Saint-Rémy, ancien médecin et trésorier de
Saint-Rémy
, qui lui aurait transmis en
1506
les rudiments des mathématiques et des lettres.
Mais ceci est douteux, vu que la trace notariée (Archives dep. des Bouches du Rhône B.
2.607) de ce vieux personnage disparait en
1504
.
Ses années d’études
Portrait de Nostradamus
par le Dr. Niel.
Il part très jeune à
Avignon
pour y obtenir son diplôme
de
bachelier ès arts
. On le disait doué d’une mémoire
presque divine, d’un caractère enjoué, plaisant,
peut-être un peu moqueur « laetus, facetus estque
mordax »
[5]
. Ses camarades l’auraient appelé « le jeune
astrologue », parce « qu’il leur signalait et leur
expliquait les phénomènes célestes », mystérieux alors
pour beaucoup : les étoiles filantes, les météores, les
astres, les brouillards, etc. Il dut apprendre aussi la
grammaire, la rhétorique et la philosophie. Mais il doit
quitter l’université après un an seulement, et donc sans
diplôme, à cause de l’arrivée de la
peste
(fin 1520).
Neuf ans plus tard (1529), ayant cependant pratiqué
comme
apothicaire
(profession non-diplômée), il
s’inscrit à la
Faculté de Montpellier
pour essayer d’y
gagner son doctorat en médecine. Il se fait connaître
grâce aux remèdes qu’il a mis au point en tant
qu’apothicaire, dont les fameuses « boules de senteur ». Mais il est bientôt expulsé pour
avoir exercé ce métier « manuel » interdit par les statuts de la faculté [voir site Benazra
Espace Nostradamus
]. Son inscription de 1529 et sa radiation sont les seules traces de son
passage à Montpellier, et on ne connaît pas de document attestant qu’il ait été docteur
d’une autre université. Mais, sans être affirmatifs, la plupart des érudits du vingtième siècle
pensent qu’il n’est pas impossible que l’expulsion de Nostradamus ait été temporaire et
qu’il soit devenu quand même diplômé de l’université de Montpellier (comme le
prétendaient aussi, en ajoutant des détails supplémentaires peu croyables, certains
commentateurs très tardifs comme Guynaud et Astruc), bien qu’il lui ait manqué le premier
diplôme nécessaire pour accéder au doctorat, car les noms de plusieurs des diplômés
connus de cette université sont absents, eux aussi, de ses registres
[6]
à moins que ceux-
ci n’en aient pas été de vrais diplômés non plus (le phénomène du ‘faux docteur’ étant très
connu à l’époque).
Mariages et professions
Vers
1533
, il s’établit à
Agen
[7]
, où il pratique la médecine de soins à domicile. Il s’y lie
d’amitié avec
Jules César Scaliger
. Cet
Italie
n, installé à
Toulouse
, érudit de la Renaissance,
est « un personnage incomparable, sinon à un
Plutarque
 » selon Nostradamus ; il écrit sur
tout. Impertinent, il s’attaque à tout le monde, s’intéresse à la
botanique
et fabrique des
pommade
s et des
onguent
s. Mais le jeune « imposteur » inquiète les autorités religieuses
par ses idées un peu trop progressistes pour l’époque.
Nostradamus
3
La durée précise de son séjour à Agen est inconnue ; peut-être trois ans, peut-être cinq ans.
Les points de repères manquent et l’on ne peut offrir que des dates élastiques. Vers
1534
[8]
Nostradamus s’y choisit une femme dont on ne sait même pas le nom
[9]
, qui lui aurait
donné deux enfants : garçon et fille. Tous trois moururent, très rapidement semble-t-il, à
l’occasion de quelque épidémie, la peste vraisemblablement.
D’après certains commentateurs catholiques des Prophéties – Barrere, l’abbé
Torne-Chavigny notamment – « Nostradamus aurait dit en 1534 à un « frère » qui coulait
une statue de Notre-Dame dans un moule d’étain qu’en faisant de pareilles images il ne
faisait que de diableries ». D’aucuns pensent que ses relations avec un certain Philibert
Sarrazin, mécréant de l’époque et qui sentait le fagot dans la région d’Agen, avaient rendu
Nostradamus plutôt suspect à la Sainte
Inquisition
[10]
. Celle-ci l’aurait même invité à se
présenter devant son tribunal de Toulouse pour « y être jugé du crime d’hérésie; mais il se
garda bien de répondre à cette citation »
[11]
.
Après la mort de sa première femme, Nostradamus se serait remis à voyager. On l’aurait
trouvé à
Bordeaux
, vers l’an
1539
. Les commentateurs tardifs Moura et Louvet se le
représentent en la compagnie de savants renommés de l’époque et du cru : l’apothicaire
Léonard Baudon, Johannes Tarraga, Carolus Seninus et Jean Treilles, avocat.
Nostradamus accomplit de
1540
à
1545
un tour de France qui l’amène à rencontrer de
nombreuses personnalités, savants et médecins. La légende signale le passage du futur
prophète à
Bar-le-Duc
. Nostradamus y aurait soigné, d’après Étienne Jaubert
[12]
, plusieurs
personnes et notamment une célèbre (?) Mademoiselle Terry qui l’aurait souvent entendu «
exhorter les catholiques à tenir ferme contre les Luthériens et à ne permettre qu’ils
entrassent dans la ville»
[13]
.
Une tradition très douteuse affirme qu’il a séjourné un temps à l’
abbaye d’Orval
, qui
dépendait de l’
Ordre de Cîteaux
, située alors au diocèse de Trêves, à deux lieues de
l’actuelle sous-préfecture de
Montmédy
, un séjour que Pagliani, après plusieurs autres,
date de 1543
[14]
. On ne sait s’il faut y ajouter foi, même si, avec Torne-Chavigny, beaucoup
de gens lui attribuent les fameuses prophéties d’Orval, Prévisions d’un solitaire, que
d’autres assurent être d’un autre médecin astrologue Olivarius. (On les aurait trouvées à
l’
abbaye d’Orval
en 1792. La première serait datée de 1542, antérieure donc de treize ans,
comme on le verra plus loin, à la préface des premières Centuries.)
Ici se termine le cycle de pérégrinations du médecin Nostradamus qui l’a mené en somme,
après sa thèse, du Sud-Ouest au Nord-Est de la France. Nostradamus atteint la quarantaine
(1543) et commence une seconde phase de déplacements qui va le rapprocher de la
Provence et le pousser vers l’Italie, terre bénie de tous ceux qui connurent à son époque
l’ivresse de la Renaissance.
Les premières étapes de ce périple sont probablement Vienne, puis «Valence des
Allobroges», dont parle Nostradamus dans son Traité des fardemens et confitures à propos
des célébrités qu’il s’honora d’y avoir rencontrées: «A Vienne, je vis d’aucuns personnages
dignes d’une supprême collaudation ; dont l’un estoit Hieronymus, homme digne de
louange, et Franciscus Marins, jeune homme d’une expectative de bonne foy. Devers nous,
ne avons que Francisons Valeriola pour sa singulière humanité, pour son sçavoir prompt et
mémoire ténacissime… Je ne sçays si le soleil, à trente lieues à la ronde, voit ung homme
plus plein de sçavoir que luy
[15]
».
En
1544
, Nostradamus aurait eu l’occasion d’étudier la peste à
Marseille
[16]
sous la
direction, a-t-il dit, d’un « autre Hippocrate, le médecin Louis Serres »
[17]
. Puis, il est
Nostradamus
4
«appelé par ceux d’Aix en corps de communauté pour venir dans leur ville traiter les
malades de la contagion dont elle est affligée. C’était en l’année mil cinq cent quarante
six»
[18]
».
On le voit certainement à
Lyon
en
1547
où il s’oppose au médecin lyonnais
Philibert
Sarrazin
[19]
, à
Vienne
,
Valence
,
Marseille
,
Aix-en-Provence
et, enfin, à
Arles
, où il finit par
s’établir. Là, il met au point un médicament à base de plantes, capable, selon lui, de
prévenir la peste. En
1546
, il l’expérimente à Aix lors d’une terrible épidémie : son remède
semble efficace comme
prophylactique
, mais il écrira lui-même plus tard que «
 les seignées,
les medicaments cordiaux, catartiques, ne autres n’avoyent non plus d’efficace que rien.
»
(Traité des fardemens et confitures, Lyon, 1555, p. 52) Malgré ce succès douteux,
Nostredame est appelé sur les lieux où des épidémies sont signalées. À la même époque, il
commence à publier des almanachs qui mêlent des prévisions météorologiques, des conseils
médicaux et des recettes de beauté par les plantes. Il étudie également les astres.
La Maison de Nostradamus à
Salon-de-Provence.
Le 11 novembre
1547
, il épouse en secondes noces
Anne Ponsard, une jeune veuve de
Salon-de-Provence
,
alors appelé
Salon-de-Craux
. Le couple occupe la
maison qui abrite aujourd’hui le Musée Nostradamus. Il
aura six enfants, dont trois filles et trois garçons ;
l’aîné, César, deviendra
consul
de Salon, historien,
biographe de son père, peintre et poète.
Nostredame prend le temps de voyager en
Italie
, de
1547
à
1549
. C’est d’ailleurs en 1549 qu’il rencontre à
Milan
un spécialiste en
alchimie
végétale, qui lui fait
découvrir les vertus des
confiture
s qui guérissent. Il
expérimente des traitements à base de ces confitures
végétales et, de retour en France, il publie en
1552
son
Traité des confitures et fardements
.
En
1550
, il rédige son premier « almanach » populaire
une collection de prédictions dites astrologiques pour
l
année, incorporant un calendrier et d
autres
informations en style énigmatique et polyglotte qui
devait se montrer assez difficile pour les éditeurs, à en
juger par les nombreuses coquilles (où certains voient le signe que l’auteur était
dyslexique
). Dès cette date, Michel de Nostredame signe ses
quatrain
s du nom de
Nostradamus
. Ce nom n’est pas l’exacte transcription latine de Nostredame, qui serait
plutôt
Domina nostra
ou
Nostra domina
. En latin correct, Nostradamus pourrait signifier : «
Nous donnons
(damus)
les choses qui sont nôtres » ou « Nous donnons
(damus)
les
panacées » (
nostrum
, au pluriel), mais il est également permis d’y voir un travestissement
macaronique (et très heureux) de Nostredame.
En
1555
, installé à
Salon-de-Provence
, il publie des prédictions
perpétuelles
(et donc en
théorie, selon l’usage de l’époque, cycliques) dans un ouvrage de plus grande envergure et
presque sans dates ciblées, publié par l
imprimeur lyonnais Macé (Matthieu) Bonhomme.
Ce sont les
Prophéties
, l’ouvrage qui fait l’essentiel de sa gloire auprès de la postérité.
Sa renommée est telle qu’il devient l’un des
astrologue
s attitrés de
Catherine de Médicis
,
qui l’appelle à la cour et le fera nommer médecin et conseiller du roi
Charles IX
en
1564
.
Nostradamus
5
Puis, il repart à
Salon
, où
Charles IX
, puis Henri de Navarre (le futur
Henri IV
) vont lui
rendre
visite
.
C’est pourtant sur ordre du jeune roi Charles IX que, quelques années avant, dans le
château de Marignane
, le
comte de Tende
, seigneur de
Marignane
et gouverneur de
Provence, avait tenu Nostradamus en prison. De passage à Salon le 16 décembre 1561, le
comte fit arrêter Nostradamus et l’amena avec lui dans son château de Marignane. Les
deux hommes étaient amis et la prison tenait plutôt de la mise en résidence. Le 18
décembre suivant, Claude de Tende écrit au roi : « Au regard de Nostradamus, je l’ay faict
saisir et est avecques moi, luy ayant deffendu de faire plus almanacz et pronostications, ce
qu’il m’a promis. Il vous plaira me mander ce qu’il vous plaist que j’en fasse. » Nostradamus
avait en effet publié ses prédictions pour 1562 sans l’autorisation de l’évêque, contrevenant
ainsi à l’ordonnance d’Orléans du 31 janvier 1561
[20]
.
Maladies et mort
Certains, prenant à la lettre ce que Nostradamus, dans la préface de la première édition de
ses Prophéties, dit de sa « comitiale agitation hiraclienne », pensent qu’il souffrait
d’
épilepsie
. Selon d’autres, c’est seulement par image que Nostradamus désignait ainsi un
état de transe qui accompagnait ce qu’il croyait être sa révélation prophétique. En
revanche, il est vraisemblable (voir Leroy) qu’il fut atteint de la
goutte
et d’insuffisance
cardiaque. Il mourut le 2 juillet
1566
à
Salon-de-Provence
d’un
œdème
dit
cardio-pulmonaire. Son corps repose en l’église Saint-Laurent (voir Leroy, Benazra,
Brind’Amour, Lemesurier etc. et illustration en version anglaise), à Salon-de-Provence.
Les Prophéties
Les Prophéties
. Édition de 1568.
Comme on l’a dit, la première édition des
Prophéties
est
de 1555. Plusieurs éditions sont considérées comme
piratées ou antidatées, mais on admet en général que
l’édition (augmentée) qui porte la date de septembre
1557 fut réellement publiée du vivant de Nostradamus.
L’existence d’une édition de 1558 est moins sûre, aucun
exemplaire n’ayant survécu. Le livre est partagé en
Centuries
, une centurie étant, théoriquement, un
ensemble de cent
quatrain
s. La septième
centurie
resta
toujours incomplète. La première édition, pleine de
références savantes, contient 353 quatrains
prophétiques, la dernière, publiée deux ans après la
mort de Nostradamus, 942
soit 58 quatrains de moins
que les 1000 qu’il avait annoncés (« parachevant la
milliade »).
Les
Propheties
ont donné lieu à la publication de près
de dix mille ouvrages. Parmi les exégètes les plus
célèbres, on peut mentionner
Anatole Le Pelletier
,
Vlaicu Ionesco
,
Jean-Charles de Fontbrune
et son père,
Nostradamus
6
Serge Hutin
et
Erika Cheetham
, qui croient à la prescience de Nostradamus, et Eugene F.
Parker,
Edgar Leoni
,
Louis Schlosser
et surtout
Pierre Brind’Amour
, qui n’y croient pas.
D’autres comme
Robert Benazra
,
Michel Chomarat
et
Daniel Ruzo
, se sont appliqués à
recenser les éditions de ses œuvres et les ouvrages qui le concernent.
Une première cause de divergence entre interprètes est qu’en raison des méthodes de
composition des imprimeurs du XVI
e
 siècle, les éditions et même les exemplaires
particuliers de ces éditions diffèrent tous ou presque, et ne garantissent aucune conformité
parfaite avec le texte manuscrit original (perdu depuis lors). Pour ajouter à la difficulté, des
quatrains (comme par exemple 10,72, qui indique une date précise) font l’objet de
désaccords entre les exégètes, notamment quant au sens des mots.
La seconde cause de divergences entre les interprètes tient à Nostradamus lui-même. Son
style obscur et son vocabulaire, mélange de
français moyen
, de
latin
, de
grec
(très peu; voir
par exemple le quatrain IV, 32) et de
provençal
, donnent aux exégètes une grande liberté
d’interprétation. Nostradamus, peut-être pour ajouter du mystère à ses quatrains, a
employé toutes sortes de figures littéraires. Mais la raison principale de ce style nébuleux
serait, si on l’en croit, le désir d’assurer la pérennité de l’œuvre
[21]
. Nostradamus assure
cependant qu’un jour le monde verra que la plupart des quatrains se sont accomplis, ce qui
laisse entendre qu’ils seront compris clairement par l’humanité
[22]
.
En attendant, tout évènement cadrant, a posteriori, avec l’une des multiples interprétations
possibles d’un quatrain est présenté comme l’interprétation juste – plusieurs interprétations
d’une même prophétie cohabitant parfois chez le même exégète
[23]
. Un bon nombre des
interprètes (surtout les sensationnalistes et les amateurs) qui croient à la prescience de
Nostradamus semblent persuadés qu’il a surtout parlé de leur époque.
Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques
Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques de Nostradamus (avec, peut-être le «
quatrain de Varennes » IX, 20) est le trente-cinquième de la première centurie (Centurie I,
quatrain 35)
Le lyon ieune le vieux surmontera,
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d’or les yeux luy creuera,
Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.
Selon les adeptes d’une lecture prophétique, ce quatrain ferait référence à la mort d’
Henri
II
.
En juin 1559, le roi Henri II affronta le
comte de Montgomery
, lors d’un tournoi de
chevalerie. Ils auraient porté (selon ces adeptes) tous deux un lion comme insigne. Henri II
reçut la lance de son adversaire dans son casque (selon certains, en or) et aurait eu l’œil
transpercé. Il mourut dix jours plus tard.
Voici ce qu’en dit l’historien québécois Pierre Brind’Amour (qui, pour sa part, pense que
Nostradamus interprète un prodige céleste tel que celui qu’on aperçut en Suisse en 1547,
montrant un combat entre deux lions) : « Ce quatrain, le plus célèbre des
Centuries
, fait les
délices des amateurs d’
occultisme
, qui veulent y voir l’annonce du tournoi qui opposa Henri
II et le
sieur Gabriel de Lorge, comte de Montgomery
, le 1
er
juillet
[24]
1559. On sait
qu’Henri II, blessé à l’œil par son adversaire, mourut de sa blessure le 10 juillet suivant.
Les sceptiques, dont je suis, s’émerveillent de la coïncidence ; les adeptes y voient la preuve
Nostradamus
7
de ce qu’ils ont toujours su, à savoir que Nostradamus avait un don de clairvoyance.
Pourtant personne à l’époque ne fit le rapprochement. » (
Nostradamus astrophile
, p. 267;
Les premières Centuries ou Propheties
, pp. 99-101).
Le professeur de linguistique Bernard Chevignard
[25]
note lui aussi, que « ni Blaise de
Monluc, ni François de Vieilleville, ni Claude de l’Aubespine, ni Brantôme ne mentionnent
une quelconque prophétie de l’oracle de Salon à ce propos, mais font état de leurs propres
rêves prémonitoires ou d’une prédiction de l’astrologue napolitain
Luca Gaurico
».
(Brantôme a bien fait allusion à l’incident, mais ne parle que d’un ‘devin’ qui n’était pas
nécessairement Nostradamus).
B. Chevignard
[26]
relève de plus que, dans ses
Présages
en prose, à la fin de ce qui
concerne le mois de juin 1559 (Henri II fut blessé en juin et mourut en juillet),
Nostradamus, après avoir écrit « Quelque grand Prince, Seigneur & dominateur souverain
mourir, autres defaillir, & autres grandement pericliter », ce qui fait s’écrier à son dévoué
exégète Chavigny : « Icy infailliblement est presagée la mort du Roy Henry II », avait ajouté
immédiatement après : « La France grandement augmenter, triompher, magnifier, &
beaucoup plus le sien Monarque », d’où ce second commentaire de Chavigny : « Ceci est dit
pour deguiser le fait. »
Chavigny, d’ailleurs, n’a pas interprété le quatrain I,35 comme annonçant la mort d’Henri
II, non plus que Nostradamus lui-même, qui privilégiait le quatrain III,55 (après l’avoir
retro-édité, d’ailleurs!). Cette interprétation n’est pas attestée avant 1614
[27]
.
Quelques quatrains qui semblent avoir été copiés
Dans l’
Épître à Henri Second
qui précède les trois dernières
Centuries
de ses
Prophéties
,
Nostradamus semble dire que ses dons de voyant lui révélaient parfois non l’avenir mais le
passé : « supputant presque autant des aventures du temps à venir, comme des âges passés
»
[28]
.
Son admiratif interprète Chavigny intitula d’ailleurs
Le Janus françois
un livre où il
expliquait certains quatrains par des évènements antérieurs à leur publication.
Dans des lettres publiées en 1724 par le
Mercure de France
, un anonyme relevait lui aussi
des «prophéties» de Nostradamus qui semblaient tournées vers le passé et, à la différence
de Chavigny, il en concluait que Nostradamus se moquait de son lecteur.
L’existence de « quatrains du passé » a reçu plusieurs confirmations, surtout grâce aux
travaux de
Pierre Brind’Amour
, qui datent des dernières années du XX
e
 siècle. On a ainsi
découvert des emprunts très nets à l’astrologue
Richard Roussat
, à l’érudit florentin
Petrus
Crinitus
et à des auteurs antiques comme
Tite-Live
,
Julius Obsequens
etc.
Voici quelques exemples.
Centurie 1, quatrains 1 et 2:
Estant assis de nuit secret estude,
Seul repousé sur la selle d’ærain,
Flambe exigue sortant de solitude
Fait proferer qui n’est à croire vain.
La verge en main mise au milieu de Branches,
De l’onde il moulle
&
le limbe
&
le pied.
Vn peur (conjecture : Vapeur)
&
voix fremissent par les manches,
Splendeur diuine. Le diuin prés s’assied.
Nostradamus
8
Petrus Crinitus
,
De honesta Disciplina
, réédité à Lyon en 1543, livre 20, rapporte, d’après
Jamblique
(traduit en latin par
Marsile Ficin
), comment les Sibylles pratiquaient la
divination « à Branches » (
in Branchis
). En quelques lignes, il est question d’un « souffle ou
feu ténu » (
tenuem spiritum et ignem
) ; d’une pythie assise « sur un siège d’airain » (
super
aeneam sellam
), d’une autre qui tient « une verge dans sa main » (
virgam manu gestat
),
baigne dans l’eau ses pieds et la bordure de ses vêtements (
pedes limbumque undis proluit
)
ou encore aspire la « vapeur » (
vaporem
) et est emplie de « splendeur divine » (
divino
splendore
).
(Noté par P. Brind’Amour
[29]
)
Centurie 1, quatrain 42 :
Le dix Kalendes d’Apuril de faict Gotique (conjecture : Gnostique)
Resuscité encor par gens malins:
Le feu estainct, assemblée diabolique
Cherchant les or du d’Amant
&
Pselyn.
Dans le même livre de
Petrus Crinitus
, l. 7, ch. 4, il est question de Gnostiques (
Gnostici
)
qui, cherchant à profiter des enseignements de Psellus et d’Origène Adamantius (
Psellus,
Origenes Adamantius
), s’assemblent (
convenire
) le dix des Calendes d’avril (
X. Cal. Apri.
)
et, toutes lumières éteintes (
luminibus extinctis
), commettent des abominations.
(Noté par P. Brind’Amour
[30]
)
Centurie 2, quatrain 41 :
La grand’estoile par sept iours bruslera,
Nuée fera deux soleils apparoir:
Le gros mastin toute nuit hurlera
Quand grand pontife changera de terroir.
Julius Obsequens
, dans son Livre des Prodiges (réédité en 1552 par Conrad Lycosthenes),
raconte qu’après l’assassinat de
Jules César
, « une étoile brûla pendant sept jours. Trois
soleils brillèrent (…). Des hurlements de chiens furent entendus de nuit devant la maison du
grand pontife (…). » (Noté par Brind’Amour
[31]
)
Centurie 5, quatrains 6 et 75 :
Au roy l’Augur sur le chef la main mettre,
Viendra prier pour la paix Italique :
A la main gauche viendra changer le sceptre
De Roy viendra Empereur pacifique.
Montera haut sur le bien [conjecture : lieu] plus à dextre,
Demourra assis sur la pierre quarrée :
Vers le midy posé à la senestre,
Baston tortu en main, bouche serrée.
Tite-Live
raconte ainsi l’inauguration du roi
Numa Pompilius
:
« Alors, sous la conduite de l’augure (…), Numa se rendit à la citadelle et s’assit sur une
pierre face au midi. L’augure prit place à sa gauche, la tête voilée et tenant de la main
droite un bâton recourbé et sans nœud appelé
lituus
. De là, embrassant du regard la ville et
la campagne, il (…) marqua dans le ciel les régions par une ligne tracée de l’est à l’ouest et
spécifia que les régions de droite étaient celles du midi  etc

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