16 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

jacques Halbronn Rois et Prophéties. La prophétie d’Orval au XIXe siècle

  • Les Prophéties de St Césaire et de l’Abbaye d’Orval
    En 1872 parait une édition de la Prophétie de St Césaire, par les soins de l’Abbé Curicque, . Mais il ne s’agit
    pas du texte de la Prophétie de Jean de Vatiguero. Cette nouvelle et « authentique » Prophétie de Saint Césaire » d’Arles
    aurait été trouvée à sa mort, dans les papiers du dernier archevêque d’Arles, Mgr Jean- Marie Du Lau, lors des
    événements de 89. Un certain abbé Trichaud se présente comme l’éditeur du texte ainsi retrouvé. D’ailleurs, cet abbé
    s’en expliquera et dénoncera dans un premier temps la confusion. En fait, nous avons déjà cité un texte en vers
    distinguant clairement les deux textes, et ce bien avant Trichaud.
    L’Abbé Trichaud, raconte ainsi sa prétendue découverte, dans les papiers de Mgr du Lau, de la Magna Sancti
    Coesarii Arelatensis predictio », la Grande Prédiction de Saint Césaire, archevêque d’Arles ».
    “Je parcourus ce document bien résolu de l’insérer dans l’histoire de saint Césaire. C’était au mois de mars 1847. Je
    dus abandonner ce travail considérable… Lorsque je le livrai plus tard à l’impression en 1853, l’Empire sauvait la
    France d’une épouventable anarchie… Je n’eus pas le courage de troubler ces douces espérances (…). Voilà pourquoi la
    prophétie de Saint Césaire ne parut pas dans mon Histoire (…). Mais aujourd’hui on est avide de prophéties. L’esprit
    français quoique rongé par l’incrédulité se plait à recourir aux oracles sibyllins comme pour y trouver un apaisement
    nécessaire”.
    En réalité, il semble bien qu’il s’agisse là d’une nouvelle version de la Prophétie de Saint Césaire, marquée
    par les événements de 1870. En tout état de cause, l’importance accordée à cette « vraie » prophétie de saint Césaire ne
    tient qu’à l’existence du faux.
    La Comtesse Pia de Saint- Henri, Pia, pseudonyme de Mlle Eisenhut, fit paraître à Marseille, en 1871, un Pie
    IX et Henri V d’après la prophétie de Saint Césaire (BNF, Lb57 2341). Elle n’hésite pas à y introduire des dates pour
    être plus convaincante: « 1852. On y trouve des lettres du petit fils de Charles X. L’aigle vole pour la seconde fois et
    promène la guerre au delà de la Gaule » Huguet écrit un « Pie IX et les secrets de la Salette, concordance entre la
    Prophétie d’Orval et les lettres de Mélanie sur les événements actuels », Lyon, BNF, Lb57 22112. La Prusse, dit-on,
    dans ces textes, après avoir chatié la France, selon la volonté divine, pour avoir chassé ses rois, sera brisée « comme un
    instrument de colère devenu inutile ».
    Le texte de cette nouvelle Prophétie de Saint Césaire, prétendument traduite de latin en français par Mgr
    Trichaud, est particulièrement intéressant, en ce qu’il raconte l’Histoire de la France depuis ses origines, autrement dit,
    il prend la peine de remonter beaucoup plus en amont et ne débute plus à la fin du XVIIIe siècle. En fait, il s’agit
    plutôt de l’Histoire d’Arles, et le faux est très probablement repris d’une histoire de cette ville.
    Le passage concernant Napoléon rappelle ceux que nous connaissons:
    On y trouve aussi une description de Napoléon III:
    .
    Trichaud est censé commenter le dit texte ici et là, renvoyant d’ailleurs à son Histoire de la Sainte-Eglise
    d’Arles (Curicque, op. cit., p. 558):
    « Napoléon Ier, ses exploits, sa persécution contre l’Eglise, son retour et enfin sa mort sur le rocher de Ste Hélène (..).
    Le Second Empire avec ses guerres (..) puis tous nos fléaux actuels ».
    Puis le texte se projette véritablement sur l’avenir après s’être en fait contenté de mettre en forme des
    événements connus:
    32. Alors brille l’éclair de la miséricorde divine car la justice suprême a frappé tous les méchants. Il arrive le noble
    exilé, le donné de Dieu. Il monte sur le trône de ses ancêtres d’où la malice des hommes dépravés l’avait chassé. Il
    recouvre la couronne de lys refleuris. Par son courage invincible, il détruit tous les fils de Brutus dont la mémoire sera
    à jamais anéantie. Après avoir posé son siège dans la ville pontificale le Roi de Blois relèvera la tiare royale sur la tête
    d’un Saint-Pontife abreuvé par l’amertume des tribulations qui obligera le clergé à vivre selon la discipline des âges
    apostoliques. Tous deux unis de coeur et d’âme feront triompher la réformation du monde ». Le « donné de Dieu », c’est
    un des prénoms d’ Henri V.
    Et le « commentaire » de conclure: « Un prochain avenir nous dévoilera tout à fait qui sont ce grand Pontife et
    ce grand Monarque qui doivent nous apporter la paix admirable après laquelle soupire le monde entier » (Curicque, op.
    cit., pp 562-563).
    Les rédacteurs se sont apparemment inspirés de Nostradamus dans leur dernièr’ représentation – à moins
    qu’ils n’aient puisé dans une source commune – Centurie VIII 38 et 52 « Le Roy de Bloys dans Avignon régner ».
    Quant à la Prophétie d’Orval », Curicque la publie dans sa première édition des Voix Prophétiques », y renonce
    dans la deuxième et se ravise, dit-il, dans la troisième.
    En 1870 parait à Lausanne, Fribourg et Genève une Prophétie d’Orval d’après les copies prises sur le texte
    original » (BNF). L’année suivante, une deuxième édition confirme l’intérêt que le sujet exerce chez les francophones
    helvétiques (Stadt und Universitätsbibliothek Berne cf aussi Bib. Lucerne ).
    La deuxième Lettre de Monseigneur Dupanloup et la réaction à sa Lettre
    Si en 1849, l’Evêque de Verdun Rossat avait combattu la. Prophétie d’Orval », en 1874, c’est l’Evêque
    d’Orléans, Félix Dupanloup qui rédige une Lettre sur les Prophéties publiées dans ces derniers temps », adressée au
    Clergé de son diocèse: il s’y plaint que l’on publie:
  • “des volumes de 300 pages précisant, c’est le titre, la solution de la Crise actuelle, le régne de l’Antéchrist et la fin
    du monde. D’autres volumes paraissent avec les titres que voici Recueil des Prophéties anciennes et modernes
    concernant le passé, le présent et l’avenir (…). Portraits prophétiques d’après Nostradamus; ou Napoléon III, Pie IX,
    Henri V d’après l’Histoire prédite et jugée par Nostradamus, l’Apocalypse interprétée par Nostradamus et les lettres du
    grand prophète ».
    Dupanloup déplore que parfois l’auteur d’une de ces publications – Parisot – n’hésite pas à donner de véritables
    rendez-vous: Au 17 Février 1874. Le Grand Avènement. Précédé du grand Prodige (23 mars 1874).
    En effet, à la fin de 1873, sur la base de la prophétie d’Orval, laquelle vise cette fois non plus 1840, échéance
    devenu obsolète, mais 1874 Parisot annonçait, depuis Bar Le Duc, l’avénement d’Henri V pour février 1874 . Dans
    une ultime édition, il corrige: l’avénement aurait lieu le 13 plutôt que le 17, de façon à coincider avec l’anniversaire de
    l’assassinat du Duc de Berry un 13 février 1820. En 1896, soit trois ans et demi avant l’an 1900, viendra le temps de
    la « République rouge avec les persécutions de l’Antéchrist ».
    Raboisson, quelques semaines avant l’échéance, (le 8 janvier) arrive en renfort avec Les événements proches
    dans le Livre de Daniel et l’Apocalypse (Arsenal 8°S 14409) et vient lui aussi confirmer le pronostic de Parisot sur la
    base des Ecritures.
    Il est vrai que nombreux sont les abbés à se passionner pour les Prophéties et pour les textes ésotériques:
    l’Abbé – du moins le diacre – Constant, alias Eliphas Lévi, l’Abbé Torné-Chavigny, l’Abbé La Tour de Noé Abbé de
    Noé et tant d’autres .
    On pourrait voir dans la Lettre de l’évêque d’Orléans un certain revirement de la hiérarchie envers le courant
    prophétique qui agite le clergé. Torné répliquera longuement à Dupanloup dans ses Nouvelles Lettres du Grand
    Prophète. (…). Nostradamus devant Mgr Dupanloup, F., M. L. Veuillot et nos interprètes des prophéties modernes
    (BNF, 8° Lb57 4917)
    .
    Or, on peut quand même douter d’un tel revirement: l’abbé Curicque publie en tête du premier tome de la
    cinquième édition des Voix Prophétiques (Paris, Palmé, fin 1872, BNF, H 13811) plusieurs lettres de prélats favorables
    à la diffusion des prophéties, c’est ainsi que Mgr Marinelli, évêque de Solié, parle à cette occasion d’un « télégraphe
    céleste »(p. XVII). M. Ritti, secrétaire de Mgr Raess, évèque de Strasbourg admet, à ce propos, que « notre siècle a
    besoin de savoir que Dieu dirige tous les événements de ce monde par sa divine Providence ». Si Dupanloup met en
    garde, c’est qu’il y a vraiment problème.
    Les révélations de la Soeur de Nativité
    En 1872 parait à Niort, De l’abomination de la désolation, prédits par Notre Seigneur J. C. et par le Prophète
    Daniel. Dissertation sur le Concordat de 1801 et sur le dogme d’infaillibilité, de l’Antéchrist, d’Enoch et d’Elie etc
    (BNF D 2 13566) de P. A. Metay, P. A..
    Il y est question de Jeanne Le Royer, soeur de la Nativité, dont les révélations, après avoir circulé à la fin du
    XVIIIe siècle, avaient été imprimées, pour la première fois, en 1817, et de l’An 2000 qu’il ne sera peut être pas
    nécessaire d’attendre (p. 208). En 1870, une cinquième édition, révisée par M. E. M. P., petit enfant de Marie, était
    parue à Paris, s’achevant par une Nouvelle Apocalypse ou prédictions relatives aux derniers temps de l’Eglise,
    l’Antéchrist, le paradis et l’enfer ». La place de saint Michel dans ces révélations qui avaient été rééditées depuis 1817
    pourrait expliquer en partie la place de l’archange dans l’imagerie politique de la Troisième République. Soulignons le
    fait que pour une Jeanne Le Royer et ses commentateurs, on ne pouvait guère s’abstenir de fixer d’une façon ou d’une
    autre, un certain calendrier des événements attendus: depuis le Livre de Daniel en passant par l’Apocalypse, le règne
    de Satan tout comme son enfermement, devaient obéir à une chronologie, dont une des manifestations est le chiliasme
    ou millénarisme.
    En 1870, alors que les Etats de l’Eglise sont en voie de disparition, la lecture d’un passage comme celui-ci ne
    pouvait laisser indifférent:
    Ed. 1849 et 1870:
    « Je vois en Dieu que lorsque les complices de l’antechrist commenceront à faire la guerre, ils se placeront auprès de
    Rome où ils triompheront, par leurs victoires, de tous les empires et de tous les royaumes qui seront autour de cette
    ville. Il y a en cela une chose dont je ne suis pas certaine. Ce que je sais, c’est que Rome périra entièrement, que le
    Saint-Père souffrira le martyre et que son siège sera préparé pour l’antechrist. Mais je ne sais pas encore si cela sera
    fait un peu avant l’Antechrist lui-même, au moment où il entrera dans le cours de ses victoires. »
    La polémique autour de Nostradamus
    En 1872, un certain abbé Jacques Philippe Morin, curé d’Artonne, publie un recueil intitulé Echos
    prophétiques des derniers temps, BNF Lb57 3809. C’est un chaud partisan d’Henri V qu’il ne voit pas mourir avant
    1893 avant de laisser la place à un Orléans: on est à l’époque du débat sur le drapeau. Il reprend les travaux de Torné-
    Chavigny: « Jusqu’ici ce singulier personnage (Nostradamus) mort en 1566 à Salon de Provence n’avait été considéré
    par le public savant que comme le prophète-astrologue des almanachs à un sou, c’est à dire comme un rêveur, un
    illuminé et un charlatan. Dans ces derniers temps, M. l’abbé Torné qui a commenté ses centuries et quelques autres
    commentateurs l’ont réhabilité comme un véritable prophète ». C’est dire à quel point le prophétisme du XIXe siècle se
    démarque de l’astrologie qu’il prétend en quelque sorte remplacer.
    été écrite de Suisse et que ce point a volontairement été gommé. En effet, c’est à l’occasion d’un procès qui se tint à
    Vevey, dans le canton de Vaud, que cette lettre fut adressée par le sieur de Brémont.
  • Cette lettre de Brémond, si elle est de lui, n’est pas, au demeurant, dépourvue d’une certaine dimension
    prophétique:
    « Voulant remplir mon devoir de préserver l’orpheline du Temple des calamités qui vont punir tous les coupables par le
    jugement de Dieu qui va s’accomplir » (Voix d’un proscrit 1839)
    On notera que dans la version anglaise de 1838, la formule était quelque peu différente:
    « Wishing to fulfil my duty by preserving Your Royal Highness from the calamities about to fall upon all the guilty, by
    the judgment of God; the execution of which draws near »
    Il semble bien que la formule « orpheline du Temple » ait été substituée à « Votre Altesse Royale », plusieurs fois
    employée comme il se doit dans cette lettre, d’autant que l’expression est employée quelques lignes plus haut mais cette
    fois au masculin:
    « J’ai reconnu dans le prétendant Charles Guillaume Naündorff l’orphelin du Temple, votre auguste frère, le duc de
    Normandie et je suis devenu son serviteur »
    et en anglais
    « I have recognised in the claimant (…) the Orphan of the Temple, your august brother ».
    En 1908, une polémique sera provoquée par la parution d’un ouvrage de Joseph Turquam, Du nouveau sur
    Louis XVII, solution du problème, Paris, Emile Paul, BNF, 8° Lb39 11930. Louis XVII serait mort au Temple puis
    remplacé quelque temps par un autre enfant que l’on aurait enterré. A La Haye, un M.G. Wildeman, traite l’ouvrage de
    pamphlet ignoble (BNF 8°Lb39 11938); O. .Friedrichs publie l’année suivante une Réfutation du livre de M. Turquam,
    chez Daragon, qui vise à anéantir les prétentions naundorfiennes.
    En 1888, paraît dans les Annales du Surnaturel (BNF, microfilm m 919) d’Adrien Péladan, un article signé H.
    Tisserant, (p.377) annonçant que le seul fils qui reste de Louis XVII (..) s’est consacré (..) au Sacré Coeur de Jésus (à
    Momtmartre). Il mène une vie religieuse et retirée (..). Avec le retour d’un roi béni, nous verrons le triomphe de la
    France et de l’Eglise. Le dauphin n’est pas atteint par la mort, il transmet ses droits à sa descendance. Il est question de
    la fin d’une malédiction due au refus de Louis XV de se rendre au Mont Saint-Michel, ses descendants seront maudits
    sur plusieurs générations (Annales du Surnaturel, 1890, p. 45). La France devient un pays de dauphins qui ne
    parviennent pas au sommet c’est le cas du duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier, du duc de Bordeaux (comte de
    Chambord) petit-fils de Charles X, du Comte de Paris, petit- fils de Louis-Philippe, et du Prince Bonaparte, fils de
    Napoléon III.
    En 1913, Gabriel Bouchacourt, publie le prochain Roi de France désigné par les prophéties, Paris, E. Figuière, BNF,
    8° Lb57 14849. Il s’agit d’un recueil (Orval, Artus Thomas, Mirabilis Liber etc) de plus, s’achevant par un
    « enchaînement analytique des indications sur le prochain Roi de France, renfermé dans les prophéties … ». Il y a bien,
    inévitablement, un après Henri V. Il revenait au prophétisme de renégocier certaines échéances, de raviver certaines
    espérances. On sait que le général de Gaulle ne fut pas hostile, au début des années Soixante sous la Cinquiéme
    République, à ce qu’il se présente aux éllections présidentielles à la fin de son septennat (cf X. Walter, Un roi pour la
    France, Henri Comte de Paris (1908-1999), Paris, Fr. X. De Guibert, 2002, pp. 813 et seq), d’ailleurs ne parle-t-on
    pas de monarque républicain, à propos des pouvoirs accordés par la constitution au chef de l’Etat qui nomme son
    Premier Ministre à l’instar des rois de France.?. La Troisiéme République avait également été conçue dans une telle
    optique et le septennat y aurait été fixé, au départ, pour laisser le temps aux monarchistes de s’organiser, sous la
    houlette d’un président complaisant Le régime de Vichy n’était pas sans offrir, avec Pétain, une sorte de substitut au
    projet monarchique. Il est à noter que le récent abandon du septennat, sous le premier mandat de Jacques Chirac,
    rompt avec une longue tradition. Il reste que le parti monarchique ne parvint plus au Xxe siècle à exploiter les
    pourtant nombreux déboires politiques ou militaires de la République. Qu’en sera-t-il au XXIe siècle? La monarchie
    reste-t-elle un recours?
    La déchéance de la Prophétie d’Orval
    Il importe de s’intéresser au déclin de certains savoirs à commencer par celui de l’astrologie. Dans le cas du
    prophétisme, toutefois, ce n’est pas tant le prophétisme dans son ensemble qui aura fait long feu mais une certaine
    prophétie qui en quelque sorte aura été jetée par dessus bord par l’establishment prophétique..
    Pourquoi donc cette prophétie a-t-elle séduit – et notamment encore au tout début du XXe siècle – puis a-t-
    elle cessé de plaire alors même qu’elle avait été acceptée aux côtés de Nostradamus et de Malachie?
    pensk
    EPILOGUE
    En 1995, on aura beaucoup écrit sur Louis XVII dont on célébrait le bicentenaire de la mort supposée. Des tests
    génétiques furent engagés pour déterminer s’il eut ou non des descendants. Le “dauphin” de Louis XVII fut
    étrangement son oncle, Louis XVIII, comme quoi un dauphin peut être plus âgé que son prédécesseur en titre. C’est
    dire que régne avec le delphinat une logique bien particulière. Et si en renonçant à engager le destin de certains être
  • à un âge souvent des plus tendres, l’on avait porté un coup fatal au prophétisme dont le delphinat était le fonds de
    commerce. Prévoir la naissance même du dauphin apparut au cours du XVIIe siècle comme un acte prophétique par
    excellence, comme dans ce sixain, le quatriéme, des Centuries, certainement rédigé après coup (1601) :
    D’un rond, d’un lis, naistra un si grand Prince
    Bien tost & tard venu dans sa Province
    Saturne en libra (balance) en exaltation
    Maison de Vénus en descroissance force
    Dame en apres masculin sous l’escorce
    Pour maintenir l’heureux sang de Bourbon.
    L’étude du prophétisme au XIXe siècle éclaire selon nous d’une lumière très aigue la situation du prophétisme au
    cours des siècles précédents et notamment en ce qui concerne la mise en place du canon des Centuries nostradamiques
    (cf notre ouvrage Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed. Ramkat, 2002). Le prophétisme est
    décidément une entreprise collective qui se poursuit sur plusieurs générations et mobilise plusieurs contributeurs.
    Vouloir rattacher le canon centurique au seul Michel de Nostredame nous apparaît comme une position insoutenable
    et constituer un grave contresens historique et méthodologique. Une prophétie est vivante, elle s’adapte à des
    environnements successifs tout en les marquant parfois de son empreinte, en un véritable écosystéme. Certes, l’on
    peut parler de faussaires, de contrefaçons, de manipulations mais ce sont là des expédients sans lesquels le texte
    prophétique ne pourrait survivre et traverser les siècles. Ce sont les textes que l’on est parvenu à actualiser, à
    réinterpréter, avec le plus d’ingéniosité – le cas de la prophétie des papes est à ce propos assez remarquable (cf Papes et
    prophéties, op. Cit.) – qui auront éclipsé ceux qui n’auront pas su le faire. La sélection naturelle vaut aussi pour les
    textes et pour les langues. Mais en ce début de XXIe siècle, qui est vu par beaucoup comme le crépuscule du
    prophétisme, brûlant ainsi ses dernières cartouches, en un feu d’artifices – dans tous les sens du terme – qui pourrait
    être son chant du cygne, peut-on encore s’attendre à une renaissance du prophétisme, à la manière du phoenix?
    En ces temps de crise de l’Union Européenne qui rappellent à quel point il s’agit là d’une utopie au regard de
    l’histoire de chaque peuple qui la constitue, la question des monarchies s’apparente à une forme de sursaut
    nationaliste, souverainiste. Il convienrdrait de distinguer royauté et empire. L’empire, lui, a vocation à rassembler
    diverses populations – à l’instar de l’Autriche-Hongrie ou de l’Empire Ottoman. Il n’est pas d’empire cependant sans
    la domination d’un peuple sur les autres. Le prophétisme français a souvent ambitionné pour ses princes et ses
    dauphins qu’ils accédent à la dignité impériale. En ce sens, Napoléon Bonaparte, lui qui fut si peu dauphin, a
    accompli ce qui échappa à tant de destins pourtant prédestinés. La plupart des rêves impériaux impliquaient un
    rapprochement entre la France et l’Empire. François Ier entra ainsi en compétition, en 1519, face au roi d’Espagne, le
    futur Charles Quint, pour obtenir la couronne impériale. Election impériale qui n’était pas sans évoquer l’élection
    pontificale. Le Valois Henri III, faute de mieux, fut élu roi de Pologne. L’institution monarchique, soulignons-le,
    encourage l’exogamie, le brassage des dynasties européennes, davantage que les Républiques. Si la France était restée
    monarchique, elle aurait connu quantité de reines étrangères, c’est dire que la monarchie n’est pas forcément un
    osbtace à l’europénisation des mentalités. On sait, en outre qu’au début du siècle les souverains régnants de l’Europe
    étaient souvent cousins.
    Le XIXe siècle aura été un siècle tout à fait étonnant pour le delphinat et on en était en quelque sorte arrivé à une
    sorte d’alternance entre les différentes dynasties et branches: Bonaparte, Orléans, légitimistes type Louis XVII-
    Naundorf et type Henri V; sans parler des périodes républicaines de pause monarchique, faisant interméde, où
    l’élection prend le relais de la filiation. C’est probablement la mésentente entre ces différents dauphins qui aura tué la
    monarchie et probablement aussi un certain prophétisme capable de projeter le dauphin vers un avenir rayonnant.
    Il semble bien que l’on puisse difficilement dissocier prophétime et royauté, selon une très ancienne recette
    biblique. L’affaiblissement de l’un détermine celui de l’autre. Quand bien même, parfois, le prophétisme serait-il
    perçu comme une menace, un chantage, pour les Rois, quand il adopte un ton apocalyptique, coupant ainsi d’ailleurs
    la branche sur laquelle il est perché, il n’en reste pas moins qu’il a besoin des Rois pour que sa voix ne se perde pas
    dans le désert. Paradoxalement, le plus grand péril pour le prophétisme ne serait-il pas de voir ce qu’il annonce
    accompli, quand il n’y a plus rien à attendre ni à craindre? Mais une nouvelle forme de prophétisme peut fort bien
    émerger, dans les premiers temps de ce Troisième Millénaire – si tant est que l’on doive calculer à partir de la
    naissance de Jésus. Nous ne concevons pas, en effet, les prochains siècles sans une certaine maîtrise du Temps, sans
    une certaine aptitude, chez les dirigeants, à prévoir la structure des événements à venir sinon leur détail exact. Le
    prophétisme ou en tout cas les sciences de l’anticipation devraient à terme – et cela peut être urgent en un monde où la
    moindre erreur d’analyse peut déclencher des cataclysmes- intégrer le champ de la science politique. Nouveau
    paradoxe, illustré par le personnage de Jonas, le prophète de la baleine, que de voir dans le prophétisme le meilleur
    moyen d’éviter la fin du monde. Il reste qu’il y a quelque chose de foncièrement
    Il reste qu’il y a quelque chose de foncièrement élitique dans le prophétisme. Les deux acteurs de l’Histoire
    sont d’une part les chefs, de l’autre les peuples et que sont les peuples sans leaders.? Anciennes et nouvelles
    aristocraties alternent et se renouvellent. De nos jours, le prophétisme n’est-il pas galvaudé au point de tenter, dans la
    même foulée,par le même modéle, d’expliquer, notamment par le biais de l’astrologie, les événements les plus graves
    et les plus insignifiants? Si l’on admet que le destin, sous ses diverses manifestations, passe par des élus – et l’on
    emploie ce terme pour désigner les députés comme pour la monarchie de droit divin ou le “peuple élu”- que faut-il
    penser d’une gouvernance politique qui recourt au référendum populaire pour décider de l’avenir de nos sociétés au
    lieu d’assumer ses responsabilités jusqu’au bout? Mais justement le prophétisme nous apparaît comme une courroie
  • de transmission entre le pouvoir et le peuple, un moyen de mettre la pression, de souligner l’importance de certains
    enjeux. En ce sens, l’Europe présenterait une carence de sa conscience prophétique
    La comparaison entre mai 2005 et juillet 1789 nous semble intéressante. Louis XVI avait convoqué les Etats
    Généraux, qui n’avaient pas été réunis depuis 1614, sans y être contraint, tout comme Jacques Chirac n’était pas
    obligé d’interroger le peuple de France. Le “non” au référendum, qui célébra sa victoire sur la place de la Bastille, est
    un camouflet à l’Europe mais aussi au “roi” Chirac, tout comme la Révolution fut perçue en son temps comme un défi
    aux royaumes européens lesquels se liguèrent contre elle. La suite fut assez glorieuse pour la France et à sa façon, ce
    fut toute l’Europe qui fut marquée par la France.. A une phase de repli, toujours provisoire, succéda une nouvelle
    phase impériale, supra

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