18 novembre 2017 ~ 0 Commentaire

Eric Favey Unité et diversité

La conférence traite des deux notions unité et dive
rsité et sur la question de savoir comment elles
s’articulent au sein de la société française.
C’est une question centrale pour la Ligue de l’Ens
eignement : comment la société associe
ce que sont les individus, ce dont ils sont porteur
s en termes d’identité, de culture, etc… avec la
nécessité de cohésion sociale, avec le cadre politi
que dans lequel ils vivent, avec les règles de vie
qui fondent une communauté de citoyens, une communa
uté humaine ?
Ce n’est pas une question nouvelle dans la société
française, elle s’est posée durant toute son
histoire, de la monarchie à la république. Actuelle
ment elle se pose sous des formes nouvelles,
l’état des lieux a changé, en quelques décennies le
s choses vont plus vite : circulation plus libre
dans le monde, inscription dans le monde. L’avenir
de notre pays est lié à celui des autres en
raison de la très forte articulation avec nos voisi
ns surtout et avec la quasi-totalité du monde.

Ce qui change dans l’articulation Unité/Diversité c
e sont les conditions de l’articulation
ainsi que les éléments constitutifs de l’unité et d
e la diversité.
Donc nous parlerons d’abord de l’unité, puis de la
diversité et enfin de leur combinaison.
Première question en préambule : pourquoi la France
semble avoir plus de mal à gérer la
question de la diversité que d autres pays ? C’est
moins la question de la combinaison qui pose
problème que certains aspects spécifiques de la soc
iété française qu’il faudrait travailler plus
activement au plan politique parce que la situation
se dégrade. Il faut éviter la dramatisation qui
ne sert souvent de prétexte qu’à une politique plus
autoritaire. « Seuls les pays autoritaires
rendent l’amour de la patrie obligatoire. » rappell
e Tzvetan Todorov, à propos de la création du
ministère l’identité nationale et de l’immigration.
Dire ceci n’est pas s’inscrire contre l’amour de
sa patrie
L’unité.
Est-elle plus fragile qu’à d’autres époques ? Qu’e
st-ce qui motive l’inquiétude devant la
difficulté à faire société ? On peut évoquer différ
entes dimensions comme les questions sociales,
l’affaiblissement des cadres politiques et institut
ionnels. Ex l’incivisme que révèlent les
panneaux publicitaires à Aix. On focalise sur le fa
it qu’on a des difficultés à adhérer à un cadre
collectif, à des règles communes qui fondent une un
ité qu’elle soit locale ou plus large.
De quoi cela provient-il ?
Il y a quelques « ingrédients » qui jouent contre c
e principe d’unité.
La mondialisation. Les repères qu’ils soient indivi
duels ou collectifs sont élargis à un cadre plus
vaste. On n’est plus dans le cadre d’un pays avec s
es frontières, ses valeurs partagées, sa
citoyenneté, son appartenance, etc… Les gens peuven
t circuler mais pour beaucoup la
mondialisation est une sorte d’assignation à réside
nce pour de multiples raisons. Ils ne
connaissent la mondialisation qu’à travers une logi
que marchande et concurrentielle. Le cadre de
la mondialisation s’inscrit incontestablement dans
le local par son influence sur les emplois, les
pratiques culturelles, musique, sport, etc…
Il faut évoquer aussi la crise de l’état nation. Le
cadre national est trop étroit, trop modeste, il n
e
sert plus à résoudre de nombreux problèmes. Il est
inopérant pour l’essentiel des grandes
décisions.
Il faut bien voir que l’unité du pays s’est constru
ite aussi dans les dimensions guerrière et
coloniale. Les nations se constituent aussi les un
es contre les autres. L’expansion coloniale, la
volonté d’exporter les valeurs universelles étaient
censées aussi nourrir cette constitution,
soudant le pays dans une même appartenance conqué
rante. La Ligue, comme toute les
institutions républicaines a participé de ce mouvem
ent avec les bataillons scolaires qu’elle
animait, dans la perspective implicite de préparer
la revanche pour retrouver l’intégrité du
territoire national après 1870.
Il faut bien sûr évoquer comme fragilisant l’unité
et la cohésion sociale, la persistance depuis 20
à 30 ans du sentiment chez une part de la populatio
n qu’on ne s’occupe pas d’elle : 7 millions de
pauvres dont le nombre augmente et qui sont de plus
en plus pauvres. Problème de l’école qui
devrait être un élément intégrateur, mais il y a de
plus en plus d’élèves en déshérence avec
l’école, ils viennent de catégories sociales de plu
s en plus exclues de la société. La dynamique
ascensionnelle n’existe plus, les perspectives d’av
enir sont de plus en plus sombres pour les
générations à venir. Selon une enquête plus de 78%
personnes qui sont parents actuellement
disent être sûres que leurs enfants vivront moins b
ien qu’eux. Même mal partagée l’idée de
progrès social était facteur d’unité. Le progrès so
cial n’est perçu maintenant que comme
possible, là où auparavant il apparaissait certain.
On ne peut pas admettre d’être définitivement à
l’écart, d’être laissé sur le bord du chemin. Toute
s les sociétés de type OCDE sont traversées par
cette panne d’ascenseur social. Il n’a peut être pa
s toujours bien fonctionné mais peu de gens
restaient totalement en panne. Maintenant il y a de
plus en plus de gens qui ne montent jamais
dans l’ascenseur. Ils ont le sentiment qu’ils sont
pour longtemps assignés au sous-sol.
Pour faire repartir cette dynamique il faudrait env
isager des solutions à un niveau plus large,
européen au minimum, et engager vraiment le débat n
ational sur les nouveaux enjeux sociaux.
Enfin persistance de hiérarchies structurelles très
lourdes, sans doute plus fortes en France
qu’ailleurs. Question de l’élitisme républicain, qu
estion bien connue au niveau de l’Education
Nationale., problème de la « fabrication » des élit
es, problème de l’élargissement du recrutement
par le fonctionnement de l’école et des institution
s culturelles (bibliothèques, télévision,
radio,…). Une ouverture est nécessaire pour permett
re au plus grand nombre de s’engager dans
cette voie. Le système est trop sélectif. Ce sont t
oujours les mêmes qui en profitent, il y a une
articulation très forte entre les pouvoirs économiq
ue, culturel et politique. Une part très
importante de la population se sent mise hors jeu,
sentiment d’autant plus difficile à supporter
que ce n’était pas le cas il y a 40/50 ans. Cette c
onscience s’est élevée du fait de l’élévation du
niveau global de formation, avec la capacité accrue
de s’informer et des connaissances plus
nombreuses qui circulent. Les gens exclus bien que
diplômes et formés ont de plus en plus
conscience du mauvais sort qu’on leur réserve. Ils
accumulent sur eux-mêmes des couches de
repli, de frustration, de ressentiment profond.
Il faut tordre le cou à l’idée d’élite républicaine
et à celle de la méritocratie : à chacun selon ses
mérites sans autres considération est un non-sens e
t l’égalité des chances vécue comme une
perspective cynique.
La persistance très lourde des hiérarchies en Franc
e est un sujet insuffisamment travaillé car le
sentiment que le gâteau appartient toujours aux mêm
es est très largement et très fortement ancré.
La France est donc un pays qui voit son unité plus
fortement chahutée qu’ailleurs en Europe car
son unité s’est construite dans la filiation de l’é
tat royaliste contre les provinces, ce qui a
continué sous la république qui a coupé de nombreus
es branches- les langues régionales par
exemple- et renforcé l’Etat
« La république s’est construite par soustraction »
. Sommes-nous capable de la construire par
addition ? C’est plus compliqué à faire. La constru
ction de la république s’est faites d’autant plus
facilement qu’elle a rencontré peu de résistance. E
n 1905 seule la hiérarchie de l’église a résisté
à la perte de son magistère qui avait été puissant
sous l’ancien régime. Ce magistère avait déjà
vacillé sous la pression de valeurs telles que l’ég
alité des citoyens, la liberté de la presse,… Mais
globalement nous savons que la République a payé s
on installation au prix de la brutalité à
l’extérieur (colonisation) et de quelques rudesses
à l’intérieur.
L’état des libertés dans notre pays il y a 40 ans n
’était pas ce qu’il est maintenant : le journal
télévisé de l’unique chaîne de TV était validé à M
atignon. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui la
France est le seul pays où les dirigeants de l’audi
o-visuel public risquent d’être désignés par le
président de la République, terrible régression de
la démocratie.
En résumé l’unité de la France s’est construite aut
our de son projet émancipateur, sous la
direction et l’autorité de l’état. On assiste à une
forme de retour de l’Etat autour d’un discours
ultralibéral/autoritaire orchestré par les 4 C :
Compétition – contrôle – culpabilité – consommation
.
Culpabilité : « on fait tout pour vous, si vous ne
vous en sortez pas c’est de votre faute ». Ce
discours marche assez bien : on s’y prend mal, on m
érite ce qui nous arrive.
Consommation : deux discours alternatifs. Consommer
est la marque d’appartenance à cette
société, si on consomme ça va aller mieux.
Compétition : moteur des relations interétatiques e
t interindividuelles. On n’envisage la relation
sociale que sur le mode de la compétition, pas sur
celui de la coopération.
Contrôle : On doit être profilé pour être un bon co
nsommateur. La marketing commercial rejoint
le marketing politique, c’est la mise en fichier qu
i sert de mode de gouvernement
La société française est plus difficile à constitue
r qu’avant car on n’accepte plus les actes
d’autorité, on ne veut plus s’y soumettre, mais les
admettre. Le niveau de démocratisation ne
tolère plus qu’on marche au pas et qu’on se taise c
omme avant. Aussi la pression devient plus
sournoise, diffuse et redonne à l’état de la puiss
ance, il essaie de montrer qu’il contrôle la
situation donc « soyez tranquille je veille ! »
Travailler à l’unité est plus difficile aujourd’hui
qu’en 1945 par exemple, moment particulier
d’une unité fondé sur le rassemblement de toutes
les composantes de la société et sur la volonté
de reconstruire. C’est la fin de l’époque coloniale
. Se renforcent alors les idées de progrès, de
libertés nouvelles, de réussite sociales, tout un e
nsemble de valeurs qui tendent l’ensemble de la
société vers un horizon de réalisation proche. L’éd
ucation y a d’ailleurs un rôle particulier, en
particulier l’éducation populaire et la politique d
e la jeunesse qui se met en place. Il faut prendre
conscience que la reprise d’un mouvement positif ap
rès une période de stagnation n’est jamais le
fait d’un seul homme mais le produit d’une lutte co
llective. Ce sont conquêtes sociales qui
construisent aussi l’unité, elles sont le résultat
d’engagements collectifs inouïs. Les droits des
femmes, droit à l’avortement, la contraception ont
été gagné par le combat des femmes, ils ne
résultent pas de la décision d’une seule personnali
té. Quand la décision politique est prise elle
est l’aboutissement de longues luttes. C’est le rés
ultat d’une montée en puissance d’une idée
dans l’opinion.
La diversité
Le mot diversité est souvent associé à « culturelle
». Le terme de culture est trop rapidement
réduit à la culture académique ou artistique. Il fa
ut utiliser ce terme dans son sens le plus large,
dans toutes ses dimensions et de tout ce dont nous
sommes porteurs : identités, traditions,
famille, éducation, travail, habitudes de vie, imag
inaires, …. « Un être cultivé est un être qui se
situe », qui mobilise ce qu’il sait pour se situer,
mais aussi toutes les questions qu’il se pose. Il
y
a donc énormément de dimensions et de facteurs à la
constitution d’une culture. « Ma culture est
devant moi » aimait à dire le leader kanak Jean-Mar
ie Djibaou j’hérite de quelque chose,
j’adopte, j’invente…
mais ce qui importe c’est ce que je vais en faire
de ce capital culturel.
Qu’en est-il de la diversité en France ?
Premier constat. Il n’y a pas qu’en France que ce p
roblème se pose. En 2001 l’UNESCO adopte
un texte international essentiel sur la question de
la diversité culturelle. Ces textes
internationaux, considérés à tort comme inapplicab
les où purement déclaratifs, , pénètrent peu à
peu les droits nationaux avec parfois des décennies
de retard comme la déclaration de Rio en
1992.
Ce texte est clair, il fait de la diversité culture
lle un trait inaliénable de l’humanité. Les pays so
nt
engagés par leur signature.
« Article 2 :
De la diversité culturelle
au pluralisme culturel
Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il
est indispensable d’assurer une interaction harmoni
euse
et un vouloir vivre ensemble de personnes et
de groupes aux identités culturelles à la fois plur
ielles,
variées et dynamiques. Des politiques favorisant
l’inclusion et la participation de tous les
citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de l
a
vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi
défini,
le pluralisme culturel constitue la réponse politiq
ue
au fait de la diversité culturelle. Indissociable
d’un cadre démocratique, le pluralisme culturel est
propice aux échanges culturels et à l’épanouissemen
t
des capacités créatrices qui nourrissent la vie
publique ».
Ce texte associe démocratie et diversité culturelle
. Car dans un pays démocratique, la diversité
est un fait. La question est de savoir ce qu’on en
fait. Il reconnaît à chacun la capacité de vivre sa
culture individuellement et collectivement mais dan
s un cadre démocratique. Des formes
d’expression de la diversité culturelle peuvent nie
r des acquis démocratiques ou les formes de la
démocratie. Ce texte devrait être plus largement di
ffusé et traduit en politiques, en actes.
Pourquoi la France semble entrer dans ce sujet avec
plus de résistances, de contradictions ou
d’hésitations que les pays anglo-saxons par exemp
le. Chez les anglo-saxons il y a une plus
grande reconnaissance de la diversité culturelle pa
rce que le fait communautaire culturel est en
partie constitutif de l’organisation politique de c
es pays. Pourtant la société française est bien
outillée pour aborder le problème de la diversité c
ulturelle, mais elle a tendance à la ramener à
ses aspects les plus difficiles à gérer, en fait el
le ne la nie pas. Si on veut caricaturer on pourrai
t
dire que ce serait mieux si la société française n’
était constituée que d’hommes blancs, entre 40
et 50 ans , ayant un boulot, bien équilibrés et par
fait consommateurs. Mais la diversité se donne à
voir dans l’univers du sport où nos héros sont souv
ent bien colorés, dans les musiques, les
expressions artistiques…
On se fait peur en posant mal la question des commu
nautés culturelles, en faisant un lien abusif
entre communautés culturelles et communautarisme. I
l y a en France de nombreux
regroupements de gens proches par leur culture : l
es provençaux de Paris, les Portugais
d’Aix…Tout le monde s’en satisfait à juste titre. P
ourquoi alors faudrait-il que les associations
de cultures maghrébines soient perçues comme les an
tichambres du terrorisme. Cela fait partie
de nos représentations collectives et nourrit certa
ins de nos dirigeants politiques.
Il faut regarder cela avec plus de sérénité et de s
érieux ce qui n’exclut pas la vigilance. Mais à
l’égard de toutes les tentations d’identités fermée
s, exclusives, contraignantes. Il peut y avoir un
risque de revendication de droits politiques partic
uliers de la part d’une communauté,
inacceptables du point de vue de notre République d
émocratique : un droit politique doit être
également partagé.
Mais il n’y a pas de raison de refuser à des gens d
e se regrouper en communautés culturelles,
communautés qui sont des lieux de reconnaissance, d
’accueil, d’entraide, d’expression…
. Cela
devient dangereux quand, à partir de cette position
, des droits particuliers sont revendiqués.
Notre pays est parfaitement armé juridiquement pou
r refuser ces revendications, même s’il n’est
pas exempt de contradictions en laissant subsister
des droites particuliers en Alsace-Moselle par
exemple, en Guyane, à Mayotte…
Donc par rapport à la question de la diversité cult
urelle, il faut considérer que la société française
est structurellement diverse, il faut en prendre ac
te. Il n’y a aucune raison pour que des groupes
sociaux fondés culturellement revendiquent des droi
ts particuliers à conditions qu’ils ne soient
pas victimes eux-mêmes de discriminations au motif
de leurs origines, de leurs cultures…
Il convient d’être particulièrement soucieux des e
xpressions individuelles et collectives issues
de la diversité, venant de groupes qui se disent vi
ctimes de discriminations et qui, de ce fait,
mettent en cause le cadre unitaire et égal de la so
ciété française. Ils estiment ne pas avoir accès
aux mêmes droits que tous les autres. Il y a donc u
n mélange entre le traitement de la diversité
culturelle et l’application du droit commun. La soc
iété française doit faire un effort pour la mise
en œuvre du droit et ne pas se contenter d’exprimer
seulement un droit théorique. Personne ne
devrait avoir l’impression de vivre des situations
à la marge du droit ou d’en être exclu ?
On devrait être plus attentif à la représentation r
éelle de la diversité culturelle surtout dans les
institutions (Assemblée Nationale, Sénat…) mais aus
si dans la recherche, dans la haute fonction
publique, les médias (peu ou pas de représentation
de la diversité sociale et culturelle à la
télévision), dans l’élite républicaine qui coûte si
cher à former. De même ne baissons pas la
garde sur la place des femmes. On se fabrique une
représentation de la société à travers le filtre
de ces institutions.
Unité et diversité. Quelle combinaison ?
Donc comment faire pour éviter que des gens se sen
tent exclus, insuffisamment reconnus
et non représentés ? Comment travailler à la questi
on de l’unité du pays autrement que par des
déclarations de pure forme ?
Premièrement s’atteler à la question de l’égalité d
es droits et à la lutte contre les
discriminations dans tous les domaines. Des efforts
ont été faits mais on est loin du compte. Il
faudra des moyens importants pour remettre à leur p
lace dans la société tous ceux qui en ont été
exclus. On peut à cet égard être très inquiets par
rapport aux moyens donnés à la politique de
soutien et de développement urbain. Dans ces domain
es on assiste à la quasi disparition de l’état
redistributeur : tout ou presque a été transféré au
x collectivités locales qui, pour beaucoup
d’entre elles, ont de grosses difficultés à assumer
ces charges. L’égalité territoriale de la
République se dégrade. Or la continuité territoria
le est au cœur de l’idée de la République ou
devrait y être.
Deuxièmement s’attacher aux pratiques démocratiques
. On a perdu confiance dans cette
capacité inouïe, acquise anciennement, de participe
r aux décisions de la citée, à l’avenir du pays.
L’exercice du droit de citoyenneté est un droit pol
itique que chacun doit pouvoir exercer ou de le
déléguer à ceux qui auront à réaliser les choix fai
ts par chacun et par tous. La qualité d’une
démocratie se mesure aussi à la place qu’elle fait
à ses minorités politiques En fait ce droit est
devenu formel, on nous amuse avec des consultations
et des chambres qui n’ont plus beaucoup
de pouvoir. Ex les lois issues de l’Assemblée Natio
nale : à 80% ce sont des adaptations
nationales des lois prises au niveau européen. Les
résultats sont toujours connus d’avance.
Redonner du pouvoir au parlement c’est nous redonne
r du pouvoir individuel et collectif. C’est
différent au plan local parce que c’est plus proche
mais les moyens manquent, les fonctions et les
charges dépassent les compétences du niveau local.
La demande d’écoute, de participation est le signe
que le citoyen refuse sa mise hors jeu.
Bien des citoyens et des politiques sont sensibles
à ces questions mais sans trouver de solution
véritables pour renouer avec le lien indispensable
à la cohésion sociale et politique : le lien de la
confiance. Sans ce lien il n’y a pas de démocratie.
Pour l’instant ce pacte de confiance est érodé.
Le droit de vote au plan local pour les étrangers p
ermettrait de créer du lien en rapport avec la
diversité culturelle surtout dans les quartiers pop
ulaires (Proposition de la Ligue en 1989). On
peut faire le pari que si les résidents étrangers a
yant avaient eu le droit de vote aux élections
locales, ils auraient été considérés autrement. Ils
ne seraient pas en situation de relégation aussi
forte. La France ne l’a pas fait pour des raisons
politiciennes et de clientélisme.
La délibération est un autre aspect de la question
de la confiance. La démocratie
participative n’est pas nécessairement un bon exemp
le de la délibération. On ne délibère que sur
des sujets que l’on maîtrise. Il faut donc explique
r les situations pour permettre de comprendre. Il
y a là un chantier commun pour les politiques, les
syndicats, le tissu associatif…pour que la
décision finale soit le résultat d’une délibération
. Un élu n’est pas mandaté sur un chèque en
blanc. Les décisions devraient s’élaborer de conce
rt avec la population et les corps
intermédiaires.
Autre champ de questionnement : la place du visible
et du symbolique dans la société
française. Est-ce qu’une société pourrait se réalis
er avec des individus qui ne se reconnaîtraient
pas à travers des expressions communes, des pratiqu
es culturelles imprégnant le patrimoine, la
vie quotidienne, vêtements, cuisine, langage, diver
tissements, musique, la vie spirituelle…
Ce
sont les expressions de la diversité culturelle.
Il faut redire que le cadre laïque est une vraie ch
ance pour traiter et gérer la question de la
diversité culturelle. La laïcité n’a pas à être mod
ernisé, il faut surtout mobiliser la laïcité contr
e
« les idoles modernes » (E Morin), contre ceux qui
veulent gouverner la pensée. Mais le cadre
laïque n’impose pas de laisser ses convictions, ses
croyances dans la seule sphère du privé. Ce
que la loi prévoit c’est que ces manifestations ne
doivent pas troubler l’ordre public. Elles ne
doivent en aucun cas interférer avec le droit commu
n dans l’espace public. Par contre renvoyer
leurs expressions dans la seule sphère du privé amè
nerait à un type de société semblable à la
Corée du Nord, froide, sans couleurs uniforme, par
ce que tout le monde a besoin d’exprimer ses
convictions et ses croyances mais ceci doit se fair
e dans un cadre acceptable par tous.
La question des relations interculturelles est ins
uffisamment travaillée dans la société
française. On est parti du postulat que des gens éd
uqués et formés vont accepter et supporter les
convictions et les cultures des autres. Ce postulat
est renforcé par l’idée que plus le monde est
ouvert plus on est ouvert aux autres. C’est faux. D
ominique Wolton le montre d ans ses derniers
travaux : plus c’est ouvert, plus on a peur des aut
res sauf si on cultive en nous-mêmes
l’hospitalité à l’égard des autres dans la cadre gé
néral des droits humains et de la dignité. Donc il
est important de se préparer et de s’entretenir à c
ette nécessaire ouverture et acceptation, à cette
rencontre avec l’inconnu, l’étrange, le différent,
d’avoir des relations avec d’autres, individus et
groupes, d’autres cultures visibles sur tous les éc
rans. Cultures qui peuvent apparaître
caricaturées et effrayantes à travers les représent
ations qu’en donnent les journaux télévisés trop
souvent. Ces représentations sont soit touristique
s, soit cataclysmiques, soit misérables et
guerrières. C’est en particulier le cas pour l’Afri
que et l’Asie dont la majeure partie des cultures
qui nous traversent par l’immigration sont issues.
Le monde ce n’est pas ça. Les autres vivent leur vi
e et elle mérite d’être connue dans sa
profondeur, sa complexité, son histoire et ses muta
tions.
Il y a donc un effort à faire pour que les formes d
e pédagogie interculturelles servent à outiller
les générations futures à cohabiter dans un monde
de diversité culturelle toujours plus grande.
Elle ira s’exprimant de plus en plus parce que, dan
s nos sociétés, le niveau théorique
d’expression est tel qu’on a envie de dire qui nous
sommes, de dévoiler notre identité surtout si
par ailleurs on est nié par le chômage et l’exclusi
on. Plus on est nié dans l’espace public, plus on
a envie d’exister sous une autre forme, de dire qui
on est et à quoi on aspire. Nous le faisons à
travers nos origines, nos identités, avec aussi
présent le risque des enfermements, des replis,
là où il faudrait travailler ce qui fait de l’iden
tité une trajectoire comme le soulignait Michel
Foucault. Mais qui est capable de faire cela déstab
ilisé, fragilisé par l’exclusion économique et
sociale, civique et culturelle ? Chacun veut être
reconnu pour ce qu’il est et ce qu’il fait.
La gestion de la diversité culturelle va amener nos
sociétés à inventer des formes nouvelles de
relations entre les cultures. C’est un enjeu essent
iel.
Cette articulation entre unité et diversité est une
situation nouvelle et passionnante pour notre
époque et nos sociétés. Le cadre laïque est très op
érationnel pour cela à condition de ne pas
camper sur le triptyque républicain et ne pas reste
r dans un cadre réducteur d’abstention, de la
neutralité. Notre époque appelle une laïcité d’enga
gement qui montre que c’est possible de vivre
dans une société diverse tout en recherchant le sou
ci de l’intérêt général, du bien commun, de
l’unité. La laïcité est ce qui permet de renouveler
le capital des valeurs et de ne pas rester, à
propos de ces valeurs, sur des déclarations qui ne
se confronteraient pas à la réalité. Des valeurs
qui ne tremblent pas sont des valeurs mortes disai
t Jean Jaurès. Si elles ne descendent pas du
fronton des édifices pour se confronter au réel, el
les seront discréditées.
Gare au discrédit des valeurs démocratiques pour cette nouvelle combinaison

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Catheprdm |
Cathocevennes |
Amour777 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Uliscom
| Homélies pour l'année ...
| Ecoute la vie en toi